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RODOGUNE
PRINCESSE DES PAR THES,
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES.
1046.
PRÉFACE DE VOLTAIRE.
Jiodogune ne ressemble pas plus à Pompée quePompée à Cinna, et China au Cul. C’est cettevariété qui caractérise le vrai génie. Le sujet en estaussi grand et aussi terrible que celui de Théodoreest bizarre et impraticable.
Il y eut la même rivalité entre cette Jiodoguneet celle de Gilbert, qu’on vit depuis entre la Phèdrede Racine et celle de Pradon. La pièce de Gilbertfut jouée quelques mois avant celle de Corneille,en 1615 : elle mourut dès sa naissance, malgré laprotection de Alonsieur, fils de Louis XIII, et lieu-tenant-général du royaume, h qui Gilbert, résidentde la reine Christine, la dédia. La reine de Suèdeet le premier prince de France ne soutinrent pointce mauvais ouvrage, comme, depuis, l’hôtel deRouillon et l’hôtel de Nevers soutinrent la Phèdrede Pradon.
En vain le résident présente, à Son Altesse Royale,dans son épilre dédieatoire, ta généreuse Jiodo-gune, femme et mère des deux plus grands mo-narques de l’Asie ; en vain compare-t-il cetteJiodogune à Monsieur, qui cependant ne lui res-semblait en rien : ce mauvais ouvrage fut oubliédu protecteur et du public.
Le privilège du résident pour sa Jiodogune estdu 8 janvier 1(H6; elle fut imprimée en février1647.Le privilège de Corneille est du 17 avril 1046 ,et sa Jiodogune ne fut imprimée qu’au 31 janvier1647. Ainsi la Jiodogune de Corneille ne parut surle papier qu’un an ou environ après les représen-tations de la pièce de Gilbert, c’est-à-dire un anaprès que cette pièce n’existait plus.
Ce qui est étrange, c’est qu’on retrouve dans les
deux tragédies précisément les mêmes situationset souvent les mêmes sentiments que ces situationamènent. Le cinquième acte est différent: il estterrible et pathétique dans Corneille. Gilbert crutrendre sa pièce intéressante en rendant le dénoue'ment heureux, et il en lit l’acte le plus froid et I eplus insipide qu’on pôt mettre sur le théâtre.
On peut encore remarquer que Rodogune j< |Iiedans la pièce de Gilbert le rôle que Corneipdonne à Cléopâtre, et que Gilbert a falsifié l’h lS 'toire.
Il est étrange que Corneille, dans sa préface, l,eparle point d’une ressemblance si frappante. BC'nard de Fontenelle, dans la vie de Corneille s 0 ' 1oncle, nous dit que Corneille ayant fait confiât 6du plan de sa pièce à un ami, cet ami indisci*donna le plan au résident, qui, contre le droit i eSgens, vola Corneille. Ce trait est peu vraisemblal J,e ’rarement un homme revêtu d’un emploi publicdéshonore et se rend ridicule pour si peu de chose ’tous les mémoires du temps en auraient parlé» <e
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larcin aurait été une chose publique.
On parle d’un ancien roman de Rodogune one l’ai pas vu ; c’est, dit-on, une brochure in-® ’imprimée chez Sommaville, qui servit égalen’Ç'au grand auteur et au mauvais. Corneille embd *le roman, et Gilbert le gâta. Le style nuisit atëbeaucoup à Gilbert : car, malgré les inégalité 5Corneille, il y eut autant de différence entre svers et ceux de ses contemporains jusqu’à R aC * n ^qu’entre le pinceau de Michel-Ange et la brosdes barbouilleurs.
Il y a un autre roman de Rodogune en .jvolumes, mais il ne fut imprimé qu’en 1(,68 ., eS test très-rare, et presque oublié; le premierentièrement.