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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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RODOGUNE, ACT

Et qu’un indigne hymen la fasse retomberSur celle qui venait pour vous la dérober.

O nobles sentiments d’une âme généreuse !

O fds vraiment mes fils ! ô mère trop heureuse !

Le sort de votre père enfin est éclairci :

Il était innocent, et je puis l’être aussi;

11 vous aima toujours et ne fut mauvais pèreQue charmé par la sœur, ou forcé par le frère ;

Et dans cette embuscade où son effort fut vain,Rodogune, mes fils, le tua par ma main.

Ainsi de cet amour la fatale puissanceVous coûte votre père, à moi, mon innocence ;

Et si ma main pour vous n’avait tout attenté,L’effet de cet amour vous aurait tout coûté.

Ainsi vous me rendrez l’innocence et l'estime,Lorsque vous punirez la cause de mon crime.

De cette même main qui vous a tout sauvé,

Dans son sang odieux je l’aurais bien lavé;

Mais comme vous aviez votre part aux offenses,

.le vous ai réservé votre part aux vengeances;

Et, pour ne tenir plus en suspens vos esprits,

Si vous voulez régner, le trône est à ce prix.

Entre deux fils que j’aime avec même tendresseEmbrasser ma querelle est le seul droit d’aînesse :La mort de Rodogune en nommera rainé.

Quoi ! vous montrez tous deux un visage étonné !Redoutez-vous son frère ? après la paix infâmeQue même en la jurant je détestais dans l’âme,

J’ai fait lever des gens par des ordres secrets [prêts ;Qu’à vous suivre en tous lieux vous trouverez toutEt tandis qu’il fait tête aux princes d’Arménie,Nous pouvons sans péril brisejr sa tyrannie.

Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi?

Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi?Voulez-vous l’épouser afin qu’elle me brave,

Et mettre mon destin aux mains de mon esclave?Vous ne répondez point ! Allez, enfants ingrats,Pour qui je crus en vain conserver ces états :

J’ai fait votre oncle roi, j’en ferai bien un autre ;

Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.

SÉLEUCUS.

Mais, madame, voyez que pour premier exploit...CLÉOPATllE.

Mais que chacun de vous pense à ce qu'il me doit,pe sais bien que le sang qu’à vos mains je demandeN’est pas le digne essai d’une valeur bien grande;Mais si vous me devez et le sceptre et le jour,

Ce doit être envers moi le sceau de votre amour :Sans ce gage ma haine à jamais s’en défie ;

Ce n’est qu’en m’imitant que l’on me justifie.

Rien ne vous sert ici de faire les surpris :

.Te vous le dis encor, le trône est à ce prix ;

Je puis en disposer comme de ma conquête;

Point d’aîné, point de roi, qu’en m’apportant sa tête;Et puisque mon seul choix vous y peut élever,

Pour jouir de mon crime il le faut achever.

E II, SCÈNE IV.

SCÈNE IY.

SÉLEUCUS , ANTÏOCHUS.

SEI.EUCUS.

Est-il une constance à l’épreuve du foudreDont ce cruel arrêt met notre espoir en poudre:

ANTÏOCHUS.

Est-il un coup de foudre à comparer aux coupsQue ce cruel arrêt vient de lancer sur nous?

SÉLEUCUS.

O haines, ô fureurs dignes d’une mégère!

O femme, que je n’ose appeler encor mère!Après que tes forfaits ont régné pleinement;

Ne saurais-tu souffrir qu’on règne innocenim 611 ^Quels attraits penses-tu qu’ait pour nous la 6 °"

[]-011» e J

S’il faut qu'uncrimeégal parta mainnousladoi')’ 6

Et de quelles horreurs nous doit-elle combler,

Si pour monter au trône il faut te ressemble)'ANTrOCIlUS.

Gardons plus de respect aux droits de la nati" 6 ’Et n’imputons qu’au sort notre triste aventure •Nous le nommions cruel, mais il nous était oQuand il ne nous donnait à combattre que ) |0,lS .Confidents tout ensemble et rivaux l'un de 1 a* 1Nous ne concevions point de mal pareil au " otlCependant, à nous voir l’un de l’autre rivaux.Nous ne concevions pas la moitié de nos ma"''

SÉLEUCUS.

Une douleur si sage et si respectueuse,

Ou n’est guère sensible, ou guère impétueuse,

Et c’est en de tels maux avoir l’esprit bien l° rfD’en connaître la cause, et l’imputer au sort-

l’effet[blesse;

Non que pour m’en venger j’ose entreprend)' 6 r *

Je donnerais encor tout mon sang pour le s * e ! l )lt e,Je sais ce que je dois, niais dans cette cont*' aSi je retiens mon bras, je laisse aller ma P'"

Et j’estime qu’au point qu’elle nous a blesses.

Qui ne fait que s’en plaindre a du respect asVoyez-vous bien quel est le ministère infà)' 16 ^Qu’ose exiger de nous la haine d’une tenu» 6 -Voyez-vous qu’aspirant à des crimes nouveau^

De deux princes ses fils elle fait ses bourreau-^ oSi vous pouvez le voir, pouvez-vous vous 611

ANTÏOCHUS. iilèl' 6 ’

Je vois bien plus encor, je vois qu’elle est niaEt plus je vois son crime indigne de ce ial,f ”

Plus je lui vois souiller la source de mon sa) »J’en sens de ma douleur croître la viol 6 " 66 ’

Mais ma confusion m’impose le silence, ^

Lorsque dans ses forfaits sur nos fronts ""P

Pour moi, je sens les miens avec plus de ta"’ 1 ■Plus leur cause m’est chère, et [ilus