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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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RODOGUNE, ACTE V, SCÈNE IV.

\°i < 'i de mes deux fils celui qu’un droit d’aînesseElève dans le trône, et donne à la princesse.

Ie Eli rends cet état que j'ai sauvé pour lui ;

Je

fesse de régner, il commence aujourd’hui.

Q ll ’on ne me traite plus ici de souveraine :

E°iei votre roi, peuple, et voilà votre reine.

^ ivez pour les servir, respectez-les tous deux,Ainiez-les, et mourez, s’il est besoin, pour eux.

Ovonte, vous voyez avec quelle franchise'E leur rends ce pouvoir dont je me suis démise :Efètez les yeux au reste, et voyez les effetsSuivre de point en point les traités de la paix.

( Laonice revient avec une coupe à la main.)OllONTE.

°tre sincérité s’y fait assez paraître,

Madame ; et j’en ferai récit au roi mon maître.

CLÉOPATllE.

-hymen est maintenant notre plus cher souci.

4 usage veut, mon fils, qu'on le commence ici :Recevez de ma main la coupe nuptiale,

°ur être après unis sous la foi conjugale;uisse-t-elle être un gage, envers votre moitié,p V( Hre amour ensemble et de mon amitié !ANTIOCHUS, prenanl la coupe.

que ne dois-je point aux bontés d’une mère!

CI.É0P ATJ1E.

,e| i)ps presse, et votre heur d’autant plus se dif-, a vnoenus, h Jtoiiogunc. [fère.

yudanie, hâtons donc ces glorieux moments :oici l’heureux essai de nos contentements.

‘ds si mon frère était le témoin de ma joie...

CLEO PATEE.

| est être trop cruel de vouloir qu’il la voie :

s °nt des déplaisirs qu’il fait bien d’épargner ;

J sa douleur secrète a droit de l’éloigner.

Ciel !l.e

H m’,

ANTIOCHUS.

avait assuré qu’il la verrait sans peine.ais n’importe, achevons.

SCENE IV.

ç EEtop vmE, ANTIOCHUS, RODOGUNE,'°ATE, TIMAGÈNE, LAONICE,

TROUPE.

TIM AGEINE.

Ah ! seigneur !

CLEOPATRE.

Q,,e <leestv

N "iffr,

otre insolence !

TIMAGÈNE.

Ah ! madame !

ANTIOCHUS, rendant la coupe à Laonice.

Parlez.

timagène.

ez l>our un moment que mes sens rappelés...

ANTIOCHUS.

Qu’est-il donc arrivé ?

TIMAGÈNE.

I.e prince votre frère...

ANTIOCHUS.

Quoi ! se voudrait-il rendre à mon bonheur contraire?

TIMAGÈNE.

L’ayant cherché longtemps afin de divertirL’ennui que de sa perte il pouvait ressentir,

Je l’ai trouvé, seigneur, au bout de cette alléeOù la clarté du ciel semble toujours voilée.

Sur un lit de gazon, de faiblesse étendu,

Il semblait déplorer ce qu’il avait perdu ;

Son âme à ce penser paraissait attachée;

Sa tête sur un bras languissamment penchée,Immobile et rêveur, en malheureux amant..

ANTIOCHUS.

Enfin, que faisait-il? Achevez promptement.

TIMAGÈNE.

D’une profonde plaie en l’estomac ouverteSon sang à gros bouillons sur cette couche verte...

CLÉOPATllE.

Il est mort?

TIMAGÈNE.

Oui, madame.

CLÉOPATllE.

Ali ! destins ennemis,

Qui m’enviez le bien que je m’étais promis,

Voilà le coup fatal que je craignais dans l’âme,Voilà le désespoir où l’a réduit sa (lamine.

Pour vivre en vous perdant il avait trop d’amour,Madame, et de sa main il s’est privé du jour.

TIMAGÈNE, à CléopJtrc.

Madame, il a parlé; sa main est innocente.

CLÉOPÂTRE, à Timagi'nc*.

La tienne est donc coupable, et ta rage insolente,Par une lâcheté qu’on ne peut égaler,

L’ayant assassiné, le fait encor parler !

MSTIOCHVS.

Timagène, souffrez la douleur d’une mère,

Et les premiers soupçons d’une aveugle colère.Gomme ce coup fatal n’a point d’autres témoins,J’en ferais autant qu’elle, à vous connaître moins.Mais que vous a-t-il dit ? Achevez, je vous prie.

TIMAGÈNE.

Surpris d’un tel spectacle, à l’instant je m’écrie ;Et soudain à mes cris, ce prince, en soupirant,Avec assez de peine entr’ouvre un œil mourant;Et ce reste égaré de lumière incertaineLui peignant son cher frère au lieu de Timagène,Rempli de votre idée, il m’adresse pour vousGes mots où l'amitié règne sur Je courroux :

<■ Une main qui nous fut bien chère« Venge ainsi le refus d’un coup trop inhumain.

« Régnez; et surtout, mon cher frère,

« Gardez-vous de la même main.