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RODOGUNE, ACTE V, SCÈNE III.
ACTE CINQUIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
CLÉOPÂTRE.
Enfin, grâces aux dieux, j’ai moins d’un ennemi.I,a mort de Séleucus m’a vengée à demi ;
Son ombre, en attendant ltodogune et son frère,Peut déjà de ma part les promettre à son père :
Ils le suivront de près, et j’ai tout préparéPour réunir bientôt ee que j’ai séparé.
O toi, qui n’attends plus que la cérémoniePour jeter à mes pieds ma rivale punie,
Et par qui deux amants vont d’un seul coup du sortRecevoir l’byménée, et le trône, et la mort,l’oison, me sauras-tu rendre mon diadème?
Le fer m’a bien servie, en feras-tu de même?
Me seras-tu fidèle? Et toi, que me veux-tu,Ridicule retour d’une sotte vertu,
Tendresse dangereuse autant comme importune?Je ne veux point pour (ils l’époux de Rodogune,Et ne vois plus en lui les restes de mon sang,
S’il m’arrache du trône et la met en mon rang.
Reste du sang ingrat d’un époux infidèle,Héritier d’une flamme envers moi criminelle,Aime mon ennemie, et péris comme lui.
Pour la faire tomber j’abattrai son appui :
Aussi bien sous mes pas c’est creuser un abîmeQue retenir ma main sur la moitié du crime;
Et, te faisant mon roi, c’est trop me négliger,
Que te laisser sur moi père et frère à venger.
Qui se venge à demi court lui-même à sa peine :
Il faut ou condamner ou couronner sa haine.
Dut le peuple en fureur pour ses maîtres nouveauxDe mon sang odieux arroser leurs tombeaux,
Dut le Partlie vengeur me trouver sans défense,Dût le ciel égaler le supplice à l’offense,
Trône, à t’abandonner je ne puis consentir ;
Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir;11 vaut mieux mériter le sort le plus étrange.Tombe sur moi le ciel, pourvu que je me venge!J’en recevrai le coup d’un visage remis :
Il est doux de périr après ses ennemis ;
Et, de quelque rigueur que le destin me traite,
Je perds moins à mourir qu’à vivre leur sujette.Mais voici I.aonice ; il faut dissimulerCe que le seul effet doit bientôt révéler.
SCÈNE II.
CLÉOPÂTRE, I.AONICE.
CLÉOPÂTRE.
Viennent-ils, nos amants ?
LAONICE.
Ils approchent, madame :On lit dessus leur front l’allégresse de l’âme ;I.’amour s’y fait paraître avec la majesté;
Et, suivant le vieil ordre en Syrie usité,
D’une grâce en tous deux tout auguste et royaleIls viennent prendre ici la coupe nuptiale,
Pour s'en aller au temple, au sortir du palais,Par les mains du grand prêtre être unis à jamais ■C’est là qu’il les attend pour bénir l’alliance.
I.e peuple tout ravi par ses vœux les devance,
Et pour eux à grands cris demande aux iminort<“ lSTout ce qu’on leur souhaite au pied de leurs autels»Impatient pour eux que la cérémonieNe commence bientôt, ne soit bientôt finie.
Les Partîtes à la foule aux Syriens mêlés,
Tous nos vieux différends de leur âme exilés,Font leur suite assez grosse, et d’une voix eommU ,,eBénissent à l’envi le prince et Rodogune.
Mais je les vois déjà : madame, c’est à vousA commencer ici des spectacles si doux.
SCÈNE III.
CLÉOPÂTRE, ANTIOCIITTS, RODOGI 1 ^’ORONTE, I.AONTCE, troupe de PauTU i:Set de Syriens.
CLEOPATRE.
Approchez, mes enfants; car l’amour maternel ’Madame, dans mon cœur, vous tient déjà pourte*F.t je crois que ce nom ne vous déplaira pas.
RÜDOOIINE.
Je le chérirai même au delà du trépas.
Il m’est trop doux, madame; et tout l’heur q ue J/C’est de vous obéir et respecter en mère. lP ei ’
CLEOPATRE.
Aimez-moi seulement; vous allez être rois,
Et s’il faut du respect, c’est moi qui vous le o
ANTIOCHUS.
Ah! si nous recevons la suprême puissance,
Ce n’est pas pour sortir de votre obéissance :Vous régnerez ici quand nous y régnerons,
Et ce seront vos lois que nous y donnerons.
CLÉOPÂTRE.
J’ose le croire ainsi ; mais prenez votre place ■
Il est temps d’avancer ce qu’il faut que je f i,sse '
{Ici Anlioclius s'assied dans mi fauleuil, Kodogu» en
ici .■»iluucnus s iissini utins un idim uo t ~ ,jjg
gauche, cil même rang, cl Cléopâtre ? sa droite,
ut»
rang inférieur, cl qui marque quelque inégalité.^s’assied aussi à la gauche de Rodogune, avec la m ‘* nl | CU r*fércnce; et Cléopâtre, cependant qu’ils prennent neplaces, parle à l’oreille de I.aonice, qui s’en va < fi ,erl r |ic,coupe pleine de vin empoisonné. Après qu'clla l 'St PCléopâtre continue : )
Peuple qui m’écoulez, Partîtes et Syriens,Sujets du roi son frère, ou qui fûtes les niions»