HÉKACLIIÎS, ACTE II, SCENE Tl.
2.10
IIERACLIIIS.
Que me dis-tu, Léonce? etqu'est-ee que tu veux?Tu m'as sauvé la vie; et, pour reconnaissance,
Je voudrais à tes feux ôter leur récompense ;
Et ministre insolent d’un prince furieux,
Couvrir de cette honte un nom si glorieux ;
Ingrat à mon ami, perfide à ce que j’aime,
Cruel à la princesse, odieux à moi-même!
Je te connais, I.éonee, et mieux que tu ne crois ;Je sais ce que lu vaux, et ce que je te dois.
Son honlieurest le mien, madame ; et je vous donneI.éonce et Martian en la même personne;
C'est Martian en lui que vous favorisez.
Opposons la constance aux périls opposés.
Je vais près de Pliocas essayer la prière;
Et si je n’en obtiens la grâce tout entière,
Malgré le nom de père, et le titre de fils,
Je deviens le plus grand de tous ses ennemis.
Oui, si sa cruauté s’obstine à votre perte,
J’irai pour l’empêcher jusqu’à la force ouverte;
Et puisse, si le ciel m’y voit rien épargner,
Un faux Iléraclius en ma place régner !
Adieu, madame.
l’UI.CHÉlUE.
Adieu, prince trop magnanime,
{Hrraclius sYn va, cl Pulchérie continue.)
Prince digne en effet d’un trône acquis sans crime,Digne d'un autre père. Ah ! Pliocas ! ah! tyran !
Se peut-il que ton sang ait formé Martian ?
Mais allons, cher I.éonce, admirant son courage,Tâcher de notre part à repousser l’orage.
Tu t’es fait des amis, je sais des mécontents;
I.e peuple est ébranlé, ne perdons point de temps :L’honneur te le commande, et l’amour te convie.MARTIAN.
Pour otage en ses mains ce tigre a votre vie ;
Et je n’oserai rien qu’avec un juste effroiQu’il ne venge sur vous ce qu’il craindra de moi..• pulciif.rie.
N’importe; à tout oser le péril doit contraindre.
11 ne faut craindre rien quand on a tout à craindre.
Allons examiner pour ce coup généreux
Les moyensles plus prompts et les moins dangereux.
ACTE DEUXIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
LÉONTINE, ElTOOXE.
LÉONTINE.
Voilà ce que j'ai craint de son âme enflammée.
EtinOXE.
S’il m'eut caché so:i sort, il m’aurait mal aimée.
LÉONTINE.
Avec trop d’imprudence il vous l’a révélé.
Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé :
Vous n’avez pu savoir cette grande nouvelleSans la dire à l’oreille à quelque âme infidèle,
A quelque esprit léger, ou de votre heur, s,
A qui ce grand secret a pesé connue à vous.
C’est, par là qu’il est su, c’est par là qu’on publieCe prodige étonnant d’Héraclius en vie ;
C’est, par là qu’un tyran, plus instruit que troul'l''De l'ennemi secret qui l’aurait accablé,
Ajoutera bientôt sa nWt à tant de crimes,
Et se sacrifira pour nouvelles victimesCe prince dans son sein pour son fils éleyé,
Vous qu’adore son âme, et moi qui l’ai sauvé.Voyez combien de maux pour n’avoir su vous tait’ 1 ’’
EUDOXE.
Madame, mon respect souffre tout d’une mère,Qui, pour peu qu’elle veuille écouter la raison,
Ne m’accusera plus de celle trahison ;
Car c’en est une enfin bien digne de suppliceQu’avoir d’un tel secret donné le moindre indice-LÉONTINE.
Et qui donc aujourd’hui le fait connaître à ions?Est-ce le prince, ou moi ?
EUDOXE.
Ni le prince, ni vous.
De grâce, examinez ce bruit qui vous alarme.
On dit qu’il est en vie, et son nom seul les charme-On ne dit point comment vous trompâtes l’hora* -Livrant un de vos fils pour ce prince au trépas»
Ni comme après, du sien étant la gouvernante,Par une tromperie encor plus importante,
Vous en fîtes l’échange, et, prenant Martian,
Vous laissâtes pour (ils ce prince à son tyran :
En sorte que le sien passe ici pour mon frère,Cependant que de l’autre il croit être le père,
Et voit en Martian Léonce qui n’est plus,
Tandis que sous ce nom il aime Iléraclius.
On dirait tout cela si, par quelque imprudence.
Il m’était échappé d’en faire confidence ;
Mais pour toute nouvelle on dit qu’il est vivent.Aucun n’ose pousser l’histoire plus avant.
Comme ce sont pour tous des routes inconnues»
Il semble à quelques-uns qu’il doit tomber des nEt j’en sais tel qui croit, dans sa simplicité,
Que pour punir Pliocas Dieu l’a ressuscite-Mais le voici.
SCÈNE II.
11 ÉllACTdlJS, LÉONTINE, EU l>0% lv
UÉRACI.IUS. lp taire
Madame, il n’est plus tempsD’un si profond secret le dangereux myste> e •