Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
254
JPEG-Download
 

• 25 'i

HÉ H A CM US,

ACTE III, SCÈNE I.

Aurait voulu laisser l’empire en sa famille,

Et me faire trouver un tel destin plus douxDans l’éternelle erreur d’être sorti de vous :

Mais je tiendrais à crime une telle pensée.

Je me plains seulement d’une ardeur insensée,D’un détestable amour que pour ma propre sœurVous-même vous avez allumé dans mon cœur.Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste?LÉONTINE.

Je vous aurais tout dit avant ce nœud funeste;

Et je le craignais peu, trop sure (pie Phocas,Ayant d’autres desseins, ne le souffrirait pas.

Je voulais donc, seigneur, qu’une flamme si bellePortât votre courage aux vertus dignes d’elle,

Et que votre valeur l’ayant su mériter,

I.e refus du tyran vous pût mieux irriter.

Vous n’avez pas rendu mon espérance vaine :

J’ai vu dans votre amour une source de baine;

Et j’ose dire encor qu’un bras si renomméPeut-être aurait moins fait si le cœur n’edt aimé.Achevez donc, seigneur; et puisque PulchérieDoit craindre l’attentat d’une aveugle furie...MARTIAN.

Peut-être il vaudrait mieux moi-même la porterA ce que le tyran témoigne en souhaiter :

Son amour, qui pour moi résiste à sa colère, 1N’y résistera plus quand je serai son frère.Pourrais-je lui trouver un plus illustre époux?

LÉONTINE.

Seigneur, qu’allez-vous faire? et que me dites-vous?

MARTIAN.

Que peut-être, pour rompre un si digne hyménée,J’expose à tort ma tête avec, ma destinée,

Et fais d’Héraclius un chef de conjurésDont je vois les complots encor mal assurés.Aucun d’eux du tyran n’approche la personne ;

Et quand même l’issue en pourrait être bonne,Peut-être il m’est honteux de reprendre l’étatPar l’infàme succès d’un lâche assassinat ;Peut-être il vaudrait mieux en tète d’une arméeFaire parler pour moi toute ma renommée,

Et trouver à l’empire un chemin glorieuxPour venger mes parents d’un bras victorieux.C'est dont je vais résoudre avec cette princesse,Pourqui non plus l’amour, maisle sang m’intéresse.Nous, avec votre Eudoxe...

LÉONTINE.

Ah ! seigneur, écoutez.

MARTIAN.

J’ai besoin de conseils dans ces difficultés ;

.Mais, à parler sans fard , pour écouter les vôtres,Outre mes intérêts, vous en avez trop d’autres.

Je ne soupçonne vos vœux ni votre toi ;Mais je ne veux d’avis que d’un cœur tout à moi.Adieu.

I SCÈNE VIII.

i

! LÉONTINE, EUDOXE.

I

LÉONTINE.

Tout me confond, tout me devient contraire.I Je 11 e tais rien du tout, quand je pense tout faire;j Et, lorsque le hasard me flatte avec excès,

Tout mon dessein avorte au milieu du succès :

I 11 semble qu’un démon funeste à sa conduiteI Des beaux commencements empoisonne la suite.

I Ce billet, dont je vois Martian abusé,i tait plus en ma faveur que je n’aurais osé :

! Il arme puissamment le fils contre le père ;

| Mais, comme il a levé le bras en qui j’espère,

I Sur le point de frapper, je vois avec regretQue la nature y forme un obstacle secret.

La vérité le trompe, et ne peut, le séduire;

Il sauve en reculant ce qu’il croit mieux détruire;Il doute, et, du côté que je le vois pencher,

Il va presser l’inceste au lieu de l’empêcher.

| EUDOXE.

j .Madame, pour le moins vous avez connaissancej Le l’auteur de ce bruit, et de mon innocence;

| -Mais je m’étonne fort de voir à l’abandonj Du prince lléradius les droits avec le nom.

! Ce billet confirmé par votre témoignage,

| Pour monter dans le trône est un grand avantagé: Si Martian le peut sous ce titre occuper,Pensez-vous qu’il se laisse aisément détiomper,Et qu’au premier moment qu’il vous verra <léd.i’ eAux mains de son vrai maître il remette l’empifc-

LÉONTINE.

Vous êtes curieuse, et voulez trop savoir.

N’ai-je pas déjà dit que j’y saurai pourvoir?Tâchons, sans plus tarder, à revoir Exupère,Pour prendre en ce désordre un conseil salutaii f -

ACTE TROISIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

MARTIAN, PULCHÉRIE.

MAllTIAN.

Je veux bien l’avouer, madame, car mon cœuiA de la peine encore à vous nommer ma sœtn.Quand, malgré ma fortune à vos pieds abatssec»J’osai jusques à vous élever ma pensée,

Plus plein d’étonnement que de timidité,J’interrogeais ce cœur sur sa témérité;