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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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liÉKACLIl'S, ACTE 11, SCENE VU.

“ Dérobe à sa fureur l’héritier de l’empire.

" O vous qui me restez de fidèles sujets, ,

" Honorez son grand zèle, appuyez ses projets !

“ Sous le nom de Léonce Héraelius respire.

« Maurice. »

( Elle rend le billet à Exupère, qui le lui a donné, elcontinue.)

Seigneur, il vous dit vrai : vous étiez en m$s mainsQuand on ouvrit Bysance au pire des humains.Maurice m’honora de cette confiance ;

Mon zèle y répondit par delà sa croyance.

Le voyant prisonnier et ses quatre autres lils,

•le cachai quelques jours ce qu’il m’avait commis;Mais enfin, toute prête à me voir découverte,

Le zèle sur mon sang détourna votre perte.

•l’allai pour vous sauver vous offrir à Phocas;

Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas.

La généreuse ardeur de sujette lidèleMe rendit pour mon prince à moi-même cruelle :Mou fils fut, pour mourir, le fils de l’empereur,■l’éblouis le tyran, je trompai sa fureur :

Léonce, au lieu de vous, lui servit de victime.

( Elle Elit un soupir.)

Ali ! pardonnez, de grâce; il m’échappe sans crime,•l’ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupir;Ce n’est, pas trop, seigneur, pour un tel souvenir :A cet illustre effort par mon devoir réduite,

•l’ai dompté la nature, et ne l’ai pas détruite.

Phocas, ravi de joie à cette illusion,

Me combla de faveurs avec profusion,

Lt nous fit de sa main cette haute fortuneDont il n’est pas besoin que je vous importune.

Voilà ce que mes soins vous laissaient ignorer;Lt j’attendais, seigneur, à vous le déclarer,

Que, par vos grands exploits, votre rare vaillanceLût faire à l’univers croire votre naissance,

Lt qu’une occasion pareille à ce grand bruitAous pût de son aveu promettre quelque fruit;Car, comme j’ignorais que notre grand monarqueLn eût. pu rien savoir, ou laisser quelque marque,•le doutais qu’un secret, n’étant su que de moi,S uus un tyran si craint pût trouver quelque foi.

EXUl’ÈllE.

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,

Le forçait de ses fils à voir le sacrifice,

Le prince vit l’échange, et l’allait empêcher ;

Mais I acier des bourreaux fut plus prompt à tran-La mort de votre fils arrêta cette envie, [cher :Lt prévint d’un moment le refus de sa vie.Maurice, à quelque espoir se laissant lors flatter,

® en ouvrit à Félix, qui vint le visiter,

Lt trouva les moyens de lui donner ce gageQui vous en pût un jour rendre un plein témoignage.L*■ 1 ix est, mort, madame, et naguère en mourant' ''«mit ce dépôt à son plus cher parent ;

A ui’ayant tout conté : « Tiens, dit-il, lîxupère,

« Sers ton prince, et venge ton père.

Armé d’un tel secret, seigneur, j’ai voulu voirCombien parmi le peuple il aurait de pouvoir.

J’ai fait semer ce bruit sans vous faire connaître ;Et, voyanttous les cœurs vous souhaiter pour maître.J’ai ligué du tyran les secrets ennemis,

Mais sans leur découvrir plus _ e m’est permis.Jls aiment votre nom, sans savoir davantage ;

Et cette seule joie anime leur courage,

Sans qu’autres que les deux qui vous parlaient là-lmsDe tout ce qu’elle a fait sachent plus que Phocas.Vous venez de savoir ce que vous vouliez d’elle ;C’est à vous de répondre à son généreux zèle.

I e peuple est mutiné, nos amis assemblés,

Le tyran effrayé, ses confidents troublés.

Donnez l’aveu du prince à sa mort qu’on apprête ,Et ne dédaignez pas d’ordonner de sa tête.

MARTI A.N.

Surpris des nouveautés d’un tel événement,

Je demeure à vos yeux muet d'étonnement.

Je sais ce. que je dois, madame, au grand serviceDont vous avez sauvé l’héritier de Maurice.

Je croyais, comme fils, devoir tout à vos soins,

Et. je vous dois bien plus lorsque je vous suis moins';Mais, pour vous expliquer toute ma gratitude,Mon Ame a trop de trouble et trop d’inquiétude.J’aimais, vous le savez, et mon cœur enflamméTrouve enfin une sœur dedans l’objet aimé.

Je perds une maîtresse en gagnant un empire :Mon amour en murmure, et mon cœur en soupire :Et de mille pensers mon esprit agitéParait enseveli dans la stupidité.

Il est temps d’en sortir,l'honneur nouslecommande.

II faut donner un chef à votre illustre bande :Allez, brave Exupère, allez, je vous rejoins;Souffrez que je lui parle un moment sans témoins.Disposez cependant vos amis à bien faire ;

Surtout sauvons le fils en immolant le père :

Il n’eut rien du tyran qu’un peu de mauvais sait".Dont la dernière guerre a trop purgé son flanc.EXUPÈRE.

Nous vous rendons, seigneur, entière obéissance,Et nous allons attendre avec impatience.

SCÈNE VII.

Marti an , léo.ntiine, eudoxk.

MARTI AN.

Madame, pour laisser toute sa dignitéA ce dernier effort de générosité,

Je crois que les raisons que vous m avez donnéesM’en ont seules caché le secret tant d années.D’autres soupçonneraient qu’un peu d’ambition,Du prince Martian voyant la passion,

Pour lui voir sur le trône élever votre fille.