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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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256 IIEUACUUS, AGI

Sauvez d'un tel péril et sa vie et la vôtre ;

Par eet heureux hymen conservez l’un et l’autre ;Garantissez ma sœur des fureurs de Phocas,

Et mon ami de suivre un tel père au trépas.

Faites qu’en ce grand jour la troupe d’ExupèreDans un sang odieux respecte mon beau-frère;

Et donnez au tyran, qui n’en pourra jouir,Quelques moments de joie afin de l’éblouir.PULCHÉKIE.

Mais durant ces moments, unie à sa famille,

I! deviendra mon père, et je serai sa fille ;

Je lui devrai respect, amour, fidélité;

Ma haine n’aura plus d’impétuosité;

Et tous mes vœux pour vous seront mois et timidesQuand mes vœux contre lui seront des parricides.Outre que le succès est encore à douter,

Que l’on peut vous trahir, qu’il peut vous résister,Si vous y succombez, pourrai-je me dédireD’avoir porté chez lui les titres de l’empire?

Ah ! combien ces moments de quoi vous me flattezAlors pour mon supplice auraient d’éternités !Votre haine voit peu l’erreur de sa tendresse ;Comme elle vient de naître, elle n’est que faiblesse ;Ea mienne a plus de force,et les yeux mieux ouverts ;Et, se dût avec moi perdre tout l’univers,

Jamais un seul moment, quoi que l’on puisse faire,I,e tyran n’aura droit de me traiter de père.

Je ne refuse au fils ni mon cœur ni ma foi :

Vous l’aimez, je l'estime, il est digne de moi •

'fout son crime est .un père à qui le sang l’attache ;Quand il n’en aura plus, il n’aura plus de tache;Et cette mort, propice à former ces beaux nœuds,Purifiant l’objet, justifira mes feux.

Allez donc préparer cette heureuse journée,

Et du sang du tyran signez cet hyménée.

Mais quel mauvais démon devers nous le conduit ?

MAKTIAN.

Je suis trahi, madame, Exupère le suit.

SCÈNE II.

PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTfAN,PUI.CHÉRIE, CRISPE.

PHOCAS.

Quel est votre entretien avec cette princesse?

Des noces que je veux ?

MAKTIAN.

C’est de quoi je la presse.

PHOCAS.

Et vous l’avez gagnée en faveur de mon fils?

MAKTIAN.

11 sera son époux, elle me l’a promis.

PHOCAS.

C’est beaucoup obtenu d’une âme si rebelle.

Mais quand?

E III, SCENE II.

MAKTIAN.

C’est un secret queje n’ai pas su d’elle-

PIIOCAS.

Vous pouvez m’en dire un dont je suis plus jalouxOn dit qu’Hérïclius est fort connu de vous :

Si vous aimez mon fils, faites-le moi connaître.MAKTIAN.

Vous le connaissez trop, puisque je vois ce traître-exupère. ....

Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.

MAKTIAN.

Chacun te l’avoûra; tu le fais assez voir.

PHOCAS.

De grâce éclaircissez ce que je vous propose.

Ce billet à demi m’en dit bien quelque chose;Mais, Léonce, c’est peu si vous ne l’achevez,

MAKTIAN.

Nommez-moi par mon nom. puisque vouslesave*’Dites lléraclius ; il n’est plus de Léonce,

Et j’entends mon arrêt, sans qu'on me le prononce-PHOCAS.

Tu peux bien t’y résoudre après ton vain effortPour m’arracher le sceptre et conspirer ma nw 1MAKTIAN.

J’ai fait ce que j’ai dfl. Vivre sous ta puissantC’eût été démentir mon nom et ma naissance,

Et ne point écouter le sang de mes parents,

Qui ne crie en mon cœur que la mort des t,V r!Ul ‘Quiconque pour l’empire eut la gloire de naîtreRenonce à cet honneur s’il peut souffrir un ma'!'Hors le trône ou la mort, il doit tout dédaig nel ’C’est un lâche, s’il n’ose ou se perdre ou régne*■ ^J’entends donc mon arrêt sans qu’on me le I”lléraclius mourra comme a vécu Léonce, [ ll0ll< .lion sujet, meilleur prince; et ma vie et ma "Rempliront dignement et l’un et l’autre sort-I,a mort n’a rien d’affreux pour une âme hie** "

A mes côtés pour toi je l’ai cent fois traînée;

Et mon dernier exploit contre tes ennemisFut d’arrêter son bras qui tombait sur ton N s -phocas. , .

Tu prends pour me toucher un mauvais avtif ,celléraclius n’eut point de part à ce service;

J’en ai payé Léonce, à qui seul était dûL’inestimable honneur de me l’avoir rendu- .Mais, sous des noms divers à soi-même cont-i*

Qui conserva le fils attente sur le père;

Et se désavouant d’un aveugle secours,

Sitôt qu’il se connaît, il en veut à mes jouis-Je te devais sa vie, et je me dois justice.

Léonce est effacé par le fils de .Maurice.

Contre un tel attentat rien n’est à balance *,

Et je saurai punir comme récompenser.

MAKTIAN. . f(!

Je sais trop qu’un tyran est sans reconnais-*

Pour en avoir conçu la honteuse espérance»