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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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HÉRACLHJS, A CT I. V, SCÈNE V.

Vous me serez garant des hasards de la guerre,Des ennemis secrets, de l’éclat du tonnerre;

Et de quelque façon que le courroux des cieuxAle prive d'un ami qui m’est si précieux,

.le vengerai sur vous, et fussiez-vous mon père,

Ce qu’aura fait sur lui leur injuste colère,ru oc AS.

Ne crains rien : de tous deux je ferai mon appui ;L’amour qu’il a pour toi m'assure trop de lui :Mon cœur pâme de joie, et mon âme n’aspireQu’à vous associer l’un et l’autre à l’empire.

J’ai retrouvé mon fds : mais sois-le tout à fait,

Et donne-m’en pour marque un véritable effet ;

Ne laisse plus de place à la supercherie :

Pour achever ma joie, épouse Pulchérie.

HÉRACLIUS.

Seigneur, elle est ma sœur.

PHOCAS.

Tu n’es donc point mon fils,Puisque si lâchement déjà tu t’en dédis?

PULCHÉRIE.

Qui te donne, tyran, une attente si vaine?

Quoi! son consentement étoufferait ma haine!Pour l’avoir étonné tu m’aurais fait changer!J’aurais pour celte honte un cœur assez léger!

Je pourrais épouser ou ton fils ou mon frère !

SCÈNE IV.

PHOCAS, HÉRACLIUS, PULCHÉRIE,MARTIAN, CRISPE, cardes.

CIIISPE.

Seigneur, vous devez tout au grand cœurd’Exupère;Il est l’unique auteur de nos meilleurs destins :Lui seul et ses amis ont dompté, vos mutins ;

Il a fait prisonniers leurs chefs qu’il vous amène.

PHOCAS.

Dis-lui qu’il me les garde en la salle prochaine;

Je vais de leurs complots m’éclaircir avec eux.

( Crispe s'en va, et Phocas parle à lléraclius.)

Toi, cependant, ingrat, sois mon fils si tu veux.En l’état où je suis, je n’ai plus lieu de feindre.Les mutins sont domptés, et je cesse de craindre.

(à Pulchérie.)

Je vous laisse tous trois. Use bien du momentQue je prends pour en faire un juste châtiment;Et, si tu n’aimes mieux que l’un et l’autre meure,Trouve, ou choisis mon fils, et l’épouse sur l’heure;Autrement, si leur sort demeure encor douteux,

Je jure à mon retour qu’ils périront tous deux.

Je ne veux point d’un fils dont 1 implacable hainePrend ce nom pour affront, et mon amour pour gêne.Toi...

PULC11ÉRTE.

Ne menace point ; je suis prête à mourir.

PHOCAS.

A mourir! jusque-là je pourrais te chérir!N’espère pas de moi celte faveur suprême;

Et pense...

PULCHÉRIE.

A quoi, tyran ?

PHOCAS.

A m'épouser moi-niê llieAu milieu de leur sang à tes pieds répandu.

PULCHÉRIE.

Quel supplice !

PHOCAS.

Il est grand pour toi ; mais il t’est dé-Tes mépris de la mort bravaient trop ma colère-Il est en toi de perdre ou de sauver ton frère;

Et du moins, quelque erreur qui puisse me troubler-J’ai trouvé les moyens de te faire trembler.

SCÈNE V.

IIÉRACLIUS, MARTIAN, PULCHÉRIE-

PULCHERIE.

Le lâche, il vous flattait lorsqu’il tremblait da ]lSMais tel est d’un tyran le naturel infâme : [l’ anie ‘Sa douceur n’a jamais qu’un mouvement contrai 11 * ’S’il 11e craint, il opprime; et s’il 11’opprime, il cra 111 *'Ténue et l’autre fortune en montre la faiblesse;L’une 11’est qu’insolence, et l’autre que bassesse-A peine est-il sorti de ses lâches terreursQu’il a trouvé pour moi le comble des horreurs-Mes frères, puisque enfin vous voulez tous d e

[l'être-

Si vous m’aimez en sœur, faites-le-moi paraît 1 ^

11ÉRACLTUS. s

Que pouvons-nous tous deux, lorsqu’on tranche

pulchérie. fi 011

Un généreux conseil est un puissant secours-

MARTIAN.

Il n’est point de conseil qui vous soit salutaireQue d’épouser le fils pour éviter le père : ,

L’horreur d’un mal plus grand vous y doit disp

PULCHÉRIE.

Qui me le montrera, si je veux l’épouser ?

Et, dans cet hyménée à ma gloire funeste,

Qui me garantira des périls de l’inceste?

MARTIAN. .

Je le vois trop à craindre et pour vous et pour 11 ( jj, éMais, madame, 011 peut prendre un vain titre ^Abuser du tyran la rage forcenée, [,P°

Et vivre en frère et sœur sous un feint hyw eliePULCHÉRIE.

Feindre et nous abaisser à cette lâcheté !

HKRACLTUS.

Pour tromper un tyran, c’est générosité, ^Et c’est mettre, en faveur d’un frère qu ihous