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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DON SANCHE D’ARAGON

COMÉDIE HÉROÏQUE EN CINQ ACTES.

Iü51.

PRÉFACE DE VOLTAIRE.

l'e ^ 6 ® enre l lurcnu,|lt romanesque, dénué de tout( j ‘l'ii peut émouvoir, et de tout ce qui fait l’àmej‘ ' a tragédie, fut en vogue avant Corneille. Donp,, «orr/ de Cabrera, Laure persécutée , et plu-^t's autres pièces, sont dans ce goût ; c’est ce°n appelait comédie héroïque, genre mitoyenj. * Petit avoir ses beautés. La comédie de t’.lm-„ de Destouches est à peu près du mêmequoique beaucoup au-dessous d eDonSanchetol'yson, et même de Laure. Ces espèces de co-4 j es furent inventées par les Espagnols. 11 y en>e aucoup dans Lope de Vega. Celle-ci est tiréeet * llle Pièce espagnole intitulée Elpalacio confuso ,mi roman de Pelage.

fét- . eut ' ; ’tre les comédies héroïques sont-elles pré-Qtn es à ce qu’on appelle la tragédie bourgeoise,•lie *[ larmoyante. En effet, cette comé-

Ï! st "

11 être

larmoyante , absolument privée de comique,au fond qu’un monstre né de l’impuissance„ °u plaisant ou tragique.

(||1(i e| ui qui ne peut faire ni une vraie comédie, niHv Vr aie tragédie, tâche d’intéresser par desle bourgeoises attendrissantes : il n’a pas

comique ; il cherche à y suppléer paril 11e peut s'élever au cothurne; il re-

d °« du

Intérêtjl e Un peu le brodequin,biii Peut arriver sans doute des aventures très-hj e tes a de simples citoyens; mais elles sontSt ;»°ins attachantes que celles des souverains,g et) j s Je S0| t entraîne celui des nations. Un bour-iii,, P ei 't être assassiné comme Pompée ; mais la(|u (; Pompée fera toujours un tout autre effet

Si

V'Hfi d’un bourgeois.

ie<,t. '° Us traitez les intérêts d’un bourgeois dans

; St . v| fi de ;'<>Us

Hithridale, il 11’y a plus de convenance ;l|() ni représentez une aventure terrible d’un* U| nip ie ( ‘ on| mun en style familier, cette dictionan c °nvenal>!e au personnage, ne l’est plus

a H

plus

ne faut point transposer les bornes desa fioniédie doit s’élever et la tragédie doit

Su jet. 11

s’abaisser à propos ; mais ni l’une ni l'autre ne doitchanger de nature.

Corneille prétend que le refus d'un suffrageillustre lit tomber son Don Sanche. Le suffragequi lui manqua fut celui du grand Condé. MaisCorneille devait se souvenir que les dégoûts, et lescritiques du cardinal de Richelieu, lioinnie plusaccrédité dans la littérature que le grand Condé,n’avaient pu nuire au Cid, 11 est plus aisé «à unprince de faire la guerre civile que d anéantir unbon ouvrage. Phèdre se releva bientôt, malgré lacabale des hommes les plus puissants.

Si Don Sanche est presque oublié, s’il n’eutjamais un grand succès, c’est que trois princessesamoureuses d’un inconnu débitent les maximesles plus froides d’amour et de fierté; c’est qu’il nes’agit que de savoir qui épousera ces princesses ;c'est que personne ne se soucie qu’elles soientmariées ou non. Vous verrez toujours l’amourtraité, dans les pièces suivantes de Corneille, dustyle froid et entortillé des mauvais romans de cetemps-là. Vous 11e verrez jamais les sentiments ducœur développés avec cette noble simplicité, avecce naturel tendre, avec cette élégance qui nousenchante dans le quatrième livre de Virgile, danscertains morceaux d’Ovide, dans plusieurs rôlesde Itaciiie; mérite que depuis Racine personne11’a connu parmi nous, dont aucun auteur 11’aapproché en Italie depuis le Pastor ftdo; mériteentièrement ignoré en Angleterre, et même dansle reste de l’Europe.

Corneille est trop grand par les belles scènesdu Cid, de Cinna, des Iloraces, de Polyeucte, dePompée , etc., pour qu’on puisse le rabaisser endisant la vérité. Sa mémoire est respectable; lavérité l’est encore davantage... La plupart de ceuxqui ont voulu imiter Corneille, et qui ont cruqu’une intrigue froide, soutenue de quelquesmaximes de méchanceté qu’011 appelle politique,et d’insolence qu’on appelle grandeur, pourraitsoutenir leurs pièces, les ont vues tomber pourjamais. Corneille suppose toujours, dans tous lesexamens de ses pièces, depuis Théodore et Per-