DON SANCHE (VA U AG ON.
tharite, quelque petit défaut qui a nui à ses ou-vrages; et il oublie toujours que le froid, qui estle plus grand défaut, est ee qui les tue.
La grandeur héroïque de don Sanche, qui secroit (ils d'un pêcheur, est d’une beauté dont legenre était inconnu en France; mais c’est la seulechose qui prît soutenir cette-pièce, indigne d’ail-leurs de l’auteur de China. Le succès dépendpresque toujours du sujet. Pourquoi Corneillechoisit-il un roman espagnol, une comédie espa-gnole, pour son modèle, au lieu de choisir dansl’histoire romaine et dans la fable grecque?
C’eut été un très-beau sujet qu’un soldat de for-tune qui rétablit sur le trône sa maîtresse et. samère sans les connaître. Niais il faudrait que dansun tel sujet tout fût grand et intéressant.
A MONSIEUR DE ZUL1CHEM,
CONSEILLER FT SECRÉTAIRE
DF. MONSEIÜISKl II I.F I'ItlNCE l>OltAX(,K.
MotNStEUlt,
Voici un poème d’une espèce nouvelle, et quin’a point d’exemples chez les anciens. Vous con-naissez l’humeur de nos Français ; ils aiment lanouveauté; et je hasarde non tam me/iora (/namnova, sur l’espérance de les mieux divertir. C’étaitl’humeur des Grecs dès le temps d’ Eschyle, apitd(/nos :
Illecebri.s oral el grilla novitalc marandu.s
Spectutor,
Et, si je ne me trompe, c’était aussi celle desRomains :
iSec minimum mernere (Iccus , vestigia grœca
Ausi deserere...
Yel qui prœteoctas, tel qui docuere loyata.s.
Ainsi j’ai du moins des exemples d'avoir entreprisune chose qui n’eu a point. Je vous avoueraitoutefois qu’après l’avoir faite je me suis trouvéfort embarrassé à lui choisir uu nom. .le n’ai ja-mais pu me résoudre à celui de tragédie, n’y voyantque les personnages qui en fussent dignes. Celaedt suffi au Itou homme Plaute, qui n’y cherchaitpoint d’autre finesse -. parce qu’il y a des dieux etdes rois dans son Amphitryon , il veut que c’ensoit une, et parce qu’il y a des valets qui houl'fon-nent, il veut que ce soit aussi une comédie, et luidonne l’un et l'autre nom, par un composé qu’ilforme exprès, de peur de ne lui donner pas toutce qu'il croit lui appartenir. Mais c’est trop déféreraux personnages, et considérer trop peu l’action.Aristote en use autrement dans la définition qu’il
fait de la tragédie, où il décrit les qualités q uedoit avoir celle-ci, et les effets qu’elle doit pr°'duire, sans parler aucunement de ceux-là : et j’ tisem’imaginer que ceux qui ont restreint cette sort®de poème aux personnes illustres n’en ont décidaque sur l’opinion qu’ils ont eue qu’il n’y avait q uela fortune des rois et des princes qui fût cap»! 1 ' 6d’une action telle que ce grand maître de 1 a ! 1nous prescrit, dépendant, quand il examine lu*'même les qualités nécessaires au héros de la tra*gédie, il ne touche point du tout à sa naissance, etne s’attache qu’aux incidents de sa vie et à sesmœurs. Il demande un homme qui ne soit ni toidméchant ni tout bon ; il le demande persécuté P? 1 "quelqu’un de ses plus proches; il demande (J 11 / 1tombe en danger de. mourir par une main obligéà le conserver : et je ne vois point pourquoi e e ^‘ 1ne puisse arriver qu’à un prince, et que dans u»moindre rang on soit à couvert de ces malheu |S -L’histoire dédaigne de les marquer, à moins qnaient accablé quelqu’une de ces grandes tètes, ec’est sans doute pourquoi jusqu’à présent la 11 a .gedie s’y est arrêtée. File a besoin de son apPj'Jpour les événements qu’elle traite; et.comme ij 5n’ont de l’éclat que parce qu’ils sont hors de ^vraisemblance ordinaire, ils ne seraient pas ci -0 .'' 1blés sans son autorité, qui agit avec emph' e ' esemble commander de croire ce qu’elle veut p ar ,suader. Mais je ne comprends point ce qui lui <- efend de descendre plus bas, quand il s’y rencn'd 1des actions qui méritent qu’elle prenne soin deimiter; et je ne puis croire que l’hospitalité v<o . (en la personne des filles de Seédase, qui n é ,aqu’un paysan de Leuctres, soit moins digne d eque l’assassinat d’Agamemnon par sa femme,la vengeance de cette mort par Oreste sur sa P )0pre mère ; quitte pour chausser le cothurne u» I 1plus bas :
exclu”'
Kl iraqiens plcrumqiie dolet sermone pedcsin
Je dirai plus, monsieur : la tragédie doit ede la pitié et de la crainte, et cela est de ses P 9lies essentielles, puisqu’il entre dans sa défin* 1 /^,Or, s’il est vrai que ce dernier sentiment ne s e* 1 ^en nous par sa représentation que quand "voyons souffrir nos semblables, et que leurs t*) t .tunes nous en font appréhender de pareille 5 »/ 1 sil pas vrai aussi qu’il y pourrait être excite Ifortement par la vue des malheurs arrivés aux Isonnes de notre condition, à qui nous ressenmtout, à fait, que par l’image de ceux qui l 01,tlmcher de leurs trônes les plus grands mon/nd tavec qui nous n'avons aucun rapport (pi en . j fS<[ue nous sommes susceptibles des passions fi 111ont jetés dans ce précipice ; ce qui ne se rencpas toujours? Que si vous trouvez quelque *u trence en ce raisonnement, et ne désapprou'qu'on puisse faire une tragédie entre des peisomédiocres, quand leurs infortunes ne sont p aS ‘