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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DON SANCÏIE D’AHAGON, ACTE I, SCÈNE 1IT.

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Que pour faire un vrai roi vous le fassiez eu reine -,Que vous laisser borner c’est vous-mème affaiblirEa dignité du rang qui le doit ennoblir;

Et qu'à prendre pour loi le choix qu’on vous propose,Ee roi que vous feriez vous devrait peu de chose,Puisqu’il tiendrait les noinsdemonarque et d’épouxEu choix de vos états aussi bien que de vous, [ronne,Tour moi, qui vous aimai sans sceptre et sans cou-Qui n’ai jamais eu d’yeux que pour votre personne,Que même le feu roi daigna considérerJusqu'à souffrir ma flamme et me faire espérer.

J oserai me promettre un sort assez propicecet aveu d’un frère et quatre ans de service;

De

Et

sur ce doux espoir dussé-je me trahir,

Puisque vous fe vouiez, je jure d’obéir.

I). 1SABFLI.E.

E ®st comme il faut m’aimer. Et don Alvar de Lune ?

I). ALVAR.

Je ne vous ferai point de harangue importune.Choisissez hors des trois, tranchez absolument ;Je jure d’obéir, madame, aveuglément.

Sou

IL ISABELLE.

Et

s les profonds respects de cette déférence°us nous cachez peut-être un peu d’indifférence ;

comme votre cœur n’est pas sans autre amour,'°us savez des deux parts faire bien votre cour.

n. ALVAR.

^ndame...

1). ISABELLE.

C’est assez ; que chacun prenne place.

les trois reines prennent chacune un fauteuil, et, après'■ue les trois comtes et le reste des grands qui sont présentsSli sont assis sur des bancs préparés exprès, Carlos y voyant,Inc place vide, s’v veut seoir, et don Manrique l’en cm-W'che.)

1). MANRIQUE.

1 , 0(| t beau, tout beau, Carlos ! d’où vous vient cettequel titre en ce rang a pu vous établir? [audace?

,1

(Ici

C Alt LOS.

a * 'u la place vide, et cru la bien remplir.

I). MANRIQUE.

11 soldat bien remplir une place de comte !

„ . CARLOS.

e, gneur, ce que je suis ne me fait point de honte.e Puis plus de six ans il ne s’est fait, combatQ 11 ' ne nt’ait bien acquis ce grand nom de soldat:Ai** 1 a ' ais l ,our témoin le feu roi votre frère,a< laine; et par trois fois...

I). MANRIQUE.

v. Nous vous avons vu faire,

J savons mieux que vous ce que peut votre bras.

y 1) ISABELLE.

en êtes instruits ; et je, ne la suis pas;a| ssez-i eme i’ a ppj. elM ire. 11 importe aux monarques,' ui 'eulent aux vertus rendre de dignes marques

Dp 1

6 les

savoir connaître, et ne pas ignorer

Ceux d’entre leurs sujets qu’ils doivent honorer.

1). MANRIQUE.

Je ne me croyais pas être ici pour l’entendre?

D. ISABELLE.

Comte, encor une fois laissez-le me l’apprendre.Nous aurons temps pour tout. Et vous, parlez, Car-caelos. [los.

Je dirai qui je suis, madame, en peu de mots.

On m’appelle soldat : je fais gloire de l’être ;

Au feu roi par trois fois je le fis bien paraître.L’étendard de Castille, à ses yeux enlevé,

Des mains des ennemis par moi seul fut sauvé :Cette seule action rétablit la bataille,

Fit rechasser le Maure au pied de sa muraille,

Et, rendant le courage aux plus timides cœurs,Rappela les vaincus, et défit les vainqueurs.

Ce même roi me vit dedans l’Andalousie,

Dégager sa personne en prodiguant ma vie,Quand, tout percé de coups, sur un monceau deJelui fis si longtemps bouelierdemoncorps, [moils,Qu’enfin autour de lui ses troupes ralliées,

Celles qui l’enfermaient furent sacrifiées;

Et le même escadron qui vint le secourirJ.e ramena vainqueur, et moi prêt à mourir.

Je moulai le premier sur les murs de Séville,

Et tins la brèche ouverte aux troupes de Castille.

Je ne vous parle, point, d'assez d’autres exploits ,Qui n’ont pas pour témoins eu les yeux de mes rois.Tel me voit et m’entend, et me méprise encore,Qui gémirait sans moi dans les prisons du Maure.D. MANRIQUE.

Nous parlez-vous, Carlos, pour don Lope et pourcarlos. [moi?

Je parle seulement de ce qu’a vu le roi,

Seigneur; et qui voudra parle à sa conscience.

Voilà dont le feu roi me promit récompense ;Mais la mort le surprit comme il la résolvait.

I). ISABELLE.

II se filt acquitté de ce qu’il vous devait;

Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne,Je prends sur moi sa dette, et je vous la fais bonne !Sevez-vous, et quittons ces petits différends.

I). LOBE.

Souffrez qu’auparavant il nomme ses parents.Nous ne contestons point l'honneur de sa vaillance,Madame; et s’il en faut notre reconnaissance,Nous avoürons tous deux qu’en ces combats derniers,L’un et l’autre, sans lui, nous étions prisonniers;Mais enfin la valeur, sans l’éclat de la race,

N’eut jamais aucun droit d’occuper cette place.

CARLOS.

Se pare qui voudra du nom de ses aïeux :

Moi, je neveux porter que moi-meme en tous lieux ;Je ne veux rien devoir a ceux qui m ont fait naître,Et suis assez connu sans les faire connaître.

Mais, pour en quelque sorte obéir à vos lois,