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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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DON SANCIfE D ’ A H A G

Seigneur, pour mes parents jenomme mes exploits ;Ma valeur est ma race, et mon bras est mon père,n. lope.

Vous le voyez, madame, et la preuve en est claire ;Sans doute il n’est pas noble.

D. ISABELLE.

Eh bien! je l’anoblis,

Quelle que soit sa raqe et de qui qu’il soit iils.Qu'on 11e conteste plus.

B. MANRIQUE.

Encore un mot, de grâce,n. ISABELLE.

Don Manrique, à la fin c’est prendre trop d’audace.Ne puis-je l’anoblir si vous n’y consentez?

n. MANRIQUE.

Oui, mais ce rang n’est du qu’aux hautes dignités ;Tout autre qu’un marquis ou comte le profane.

D. ISABELLE, à C.irlos.

Eli bien! seyez-vous donc, marquis de Santillane,Comte de Penafiel, gouverneur de Burgos.

Don Manrique, est-ce assez pour faire seoir Carlos ?Vous reste-t-il encor quelque scrupule en l'âme ?

( D. Manrique cl D. Lope se lèvent, el Carlos se sied. )

D. MANRIQUE.

Achevez, achevez; faites-le roi, madame :

Par ces marques d’honneur l’élever jusqu’à nous,C’est moins nous l’égaler que l’approcher de vous.Ce préambule adroit n’était pas sans mystère ;

Et ces nouveaux serments qu’il nous a fallu faireMontraient bien dans votre âme un tel choix préparé.Enfin vous le pouvez, et nous l’avons juré.

Je suis prêt d’obéir; et loin d’y contredire,

Je laisse entre ses mains et vous et votre empire.Je sors avant ce choix, non que j’en sois jaloux,Maisdepeurque mon frontn’enrougissepourvous.

D. ISABELLE.

Arrêtez, insolent : votre reine pardonne [çonne;Ce qu’une indigne crainte imprudemment soup-Et, pour la démentir, veut bien vous assurerQu’aux choix de ses états elle veut demeurer;

Que vous tenez encor même rang dans son âme ;Qu’elle prend vos transports pour unexcèsdellam-Et qu’au lieu d'en punir le zèle injurieux, [me;Sur un crime d’amour elle ferme les yeux,n. MANRIQUE.

Madame, excusez donc si quelque antipathie...

II. ISABELLE.

Ne faites point ici de fausse modestie ;

J’ai trop vu votre orgueil pour le justifier,

Et sais bien les moyens de vous humilier.

Soitquej’aimeCarlos, soit que par simple estimeJe rende à ses vertus un honneur légitime,

Vous devez respecter, quels que soient mes desseins,Ou le choix de mon cœur, ou l’œuvre de mes mains.

ON, A ETE ï, SCÈNE IV.

Je l’ai fait votre égal; et quoiqu’on s’en mutine,Sachez qu’à plus encor ma faveur le destine..Teveuxqu’aujourd’hui même il puisse plus que moi-J’en ai fait un marquis, je veux qu’il fasse un roi-S’il a tant de valeur que vous-même le dites,

11 sait quelle est la vôtre, et connaît vos mérites,Et jugera de vous avec plus de raisonQue moi, qui n’en connais que la race et le non 1 -M arquis, prenez ma bague,etla donnez pour marq iieAu plusdigne des trois, que j’en fasse un monarque-Je vous laisse y penser tout ce reste du jour.

Rivaux ambitieux, faites-lui votre cour:

Qui me rapportera l’anneau que je lui donneRecevra sur-le-champ ma main et ma couronne-Allons, reines, allons, et laissons-les jugerDe quel côté l’amour avait su m’engager.

SCÈNE IV.

D. MANRIQUE, D. LOPE, D. ALVAR *CARLOS.

n. LOPE.

de

Eh bien! seigneur marquis, nous direz- vous,

Ce que, pour vous gagner, il est besoin qu’on fa sSf 'Vous êtes notre juge, il faut vous adoucir.

CARLOS.

Vous y pourriez peut-être, assez mal réussir-Quittez ces contre-temps de froide raillerie.

I). MANRIQUE.

Il n’en est pas saison, quand il faut qu’on vous P 1 ’ 11

CARLOS.

Ne raillons, ni prions, et demeurons amis.

Je sais ce que la reine en mes mains a remis»J’en userai fort bien : vous n’avez rien à craie*' ’j Et pas un de vous trois n’aura lieu de se pla> n<!

I Je n’entreprendrai point déjuger entre vous1 Qui mérite le mieux le nom de son époux;

Je serais téméraire, et 111’en sens incapable;

Et peut-être quelqu’un m’en tiendrait récusahle-Je m’en récuse donc, afin de vous donnerUn juge que sans honte on ne peut soupÇonn el »Ce sera votre épée, et votre braslui-mêine-Comtes, de cet anneau dépend le diadème-Il vaut bien un combat; vous avez tous du cEt je le garde...

». LOPE.

A qui, Carlos?

CARLOS.

A mon vainfi 11

Qui pourra me l’ôter l’ira rendre à la reine,

Ce sera du plus digne une. preuve certaine. _Prenez entre vous l’ordre et du temps et jj f ÿ.Je m’y rendrai sur l’heure, etvais l’attendre. -