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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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NICOMÈDE, ACTE II, SCÈNE III.

Pour venger Annibal, ou pour perdre son frère,VA le prends-tu pour homme à voir d'un œil égalEt l’amour de son frère, et la mort d’Annibal?Non, ne nous flattons point, il court à sa vengeance ;11 en a le prétexte, il en a la puissance;

Il est l’astre naissant qu’adorent mes états;

Il est le dieu du peuple, et celui des soldats.

Sur de ceux-ci, sans doute il vient soulever l’autre,Fondre a\ec son pouvoir sur le reste du notre :Niais ce peu qui m’en reste, encor que languissant,N’est pas peut-être encor tout à fait impuissant..

Je veux bien toutefois agir avec adresse,

Joindre beaucoup d’honneur à bien peu de rudesse,Le chasser avec gloire, et mêler doucementLe prix de son mérite à mon ressentiment :

.Mais, s’il ne m’obéit, ou s’il ose s’en plaindre,Quoi qu’il ait fait pour moi quoi quej’en voie à crain-l)ussé-je voir par là tout l’état hasardé .. [dre,

AltASPE.

Il vient.

SCÈNE II.

PRUSIAS, NICOMÈDE, ARASPE.

l’IUISIAS.

Vous voilà, prince! et qui vous a mandé?

NICOMÈDE.

T,a seule ambition de pouvoir en personneMettre à vos pieds, seigneur, encore une couronne,De jouir de l’honneur de vos embrassements,

Et d’être le témoin de vos contentements.

Après la Cappadoce heureusement unieAux royaumes du Pont et de la Rithvnie,

Je viens remercier et mon père et mon roiD’avoir eu la bonté de s’y servir de moi,

D’avoir choisi mon bras pour une telle gloire,

Et fait tomber sur moi l’honneur de sa victoire.

P1USIAS.

A'ous pouviez vous passer de mes embrassements,Me faire par écrit de tels remerciments;

Et vous ne deviez pas envelopper d’un crimeCe que votre victoire ajoute à votre estime.Abandonner mon camp en est un capital,Inexcusable en tous, et plus au général ;

Et tout autre que vous, malgré cette conquête,Revenant sans mon ordre, edt payé de sa tête.

NICOMÈDE.

J’ai failli, je l’avoue, et mon cœur imprudentA trop cru les transports d’un désir trop ardent :L’amour que j’ai pour vous a commis celte offense,Lui seul à mon devoir fait cette violence.

Si le bien de vous voir m’était moins précieux,

Je serais innocent, mais si loin de vos yeux, [me,Que j’aime mieux, seigneur, en perdre un peu d’esti-Et qu’un bonheur si grand me rodte un petit crime,

Qui ne craindra jamais la plus sévère loi,

Si l’amour juge en vous ce qu’il a fait en moi.

PBUSIAS.

La plus mauvaise excuse est assez pour un père,Et sous le nom d’un fils toute faute est légère.

Je ne veux voir en vous que mon unique appui :Recevez tout l'honneur qu'on vous doit aujourd’hui •L’ambassadeur romain me demande audience,

11 verra ce qu’en vous je prends de confiance;Vous l’écouterez, prince, et répondrez pour moi.A'ous êtes aussi bien le véritable roi ;

Je n’en suis plus que l’ombre, et l'âge ne m’en laisseQu’un vain titre d’honneurqu’onrend à ma vieilles'Je n’ai plus que deux jours peut-être à legarder : f se ’J/intérêt de l’état voys doit seul regarder.Prenez-en aujourd’hui la marque la plus haute :Niais gardez-vous aussi d’oublier votre faute,

Et, comme elle fait brèche au pouvoir souverain,Pour la bien réparer, retournez dès demain.Remettez en éclat la puissance absolue :Attendez-la de moi comme je l’ai reçue,Inviolable, entière ; et n’autorisez pasDe plus méchants que vous à la mettre plus bas-Le peuple qui vous voit, la cour qui vous contemplaVous désobéiraient sur votre propre exemple :Donnez-leur-en un autre, et montrez à leurs ye ,INQue nos premiers sujets obéissent le mieux.

Kl COM KDE.

J obéirai, seigneur, et plus tôt qu’on ne pense ;Mais je demande un prix de mon obéissance.

La reine d’Arménie est due à ses états,

Et j’en vois les chemins ouverts par nos combat-11 est temps qu’en son ciel cet astre aille reluu e •De grâce, accordez-moi l’honneur de l’y conduu’ 1 'puiisias.

Il n’appartient qu’à vous, et cet illustre emploiDemande un roi lui-même, ou l’héritier d’un 101 ’Mais pour la renvoyer jusqu’en son ArménieVous savez qu’il y faut quelque cérémonie :

Tandis que je ferai préparer son départ,

A’ous irez dans mon camp l’attendre de ma P‘"NICOMÈDE.

Elle est prête à partir sans plus grand éqmP a " e ’pmjsias.

Je n’ai garde à son rang de faire un tel outiag e -Mais l’ambassadeur entre, il le faut écouter;

Puis nous verrons quel ordre on y doit app orter

SCÈNE III.

PRUSIAS, NICOMÈDE, FL AMINIUS, AlU St>1 "ixasiiniiis. , p

Sur le point de partir, Rome, seigneur, me man<Que je vous fasse encor pour elle une demande-