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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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SERTORIUS, ACTE II, SCÈNE 11.

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Par ces mêmes bontés j’ose vous conjurer,

En faisant ce grand choix, de nous considérerSi vous prenez un prince inconstant, infidèle,Ou qui pour le parti n’ait pas assez de zèle,Jugez en quel état nous nous verrons réduits,Si je pourrai longtemps encor ce que je puis.Si mon bras...

VIRIATE.

Vous formez des craintes que j’admire.J’ai mis tous mes états si bien sous votre empireQue quand il me plaira faire choix d’un époux,Quelque projet qu’il fasse, il dépendra de vous.Mais, pour vous mieux ôter cette frivole crainte,Cboisissez-le vous-même, et parlez-moi sans feinte :Pour qui de tous ces rois êtes-vous sans soupçon?A qui d'eux pouvez-vous confier ce grand nom ?

SERTORIUS.

Je voudrais faire un choix qui pût aussi vous plaire ;Mais à ce froid accueil que je vous vois leur faire,H semble que pour tous sans aucun intérêt....

VIRIATE.

E’est peut-être,seigneur,qu'aucun d’eux ne me plaît,Et que de leur haut rang la pompe la plus vaine^ efface au seul aspect de la grandeur romaine.

SERTORIUS.

■u donc je vous offrais pour époux un Romain?...

VIRIATE.

Pourrais-je refuser un don de votre main ?

SERTORIUS.

J °se après cet aveu vous faire offre d’un hommeVigile d’être avoué de l'ancienne Rome.

P en a la naissance, il en a le grand cœur,

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est couvert de gloire, il est plein de valeur;

Ue toute votre Espagne il a gagné l’estime,Eibéral, intrépide, affable, magnanime;

Enfin

c’est Perpenna sur qui vous emportez....

VIRIATE.

1 attendais votre nom après ces qualités;

Ees éloges brillants que vous daignez y joindre^e nie permettaient pas d’espérer rien de moindre :Mais certes le détour est un peu surprenant.

' °'is donnez une reine à votre lieutenant !

‘ l 'os Romains ainsi choisissent des maîtresses,

J v os derniers tribuns il faudra des princesses.

Mad,

SERTORIUS.

ame...

VIRIATE.

o Parlons net sur le choix d’un époux.

l (1 s-vous trop pour moi ? suis-je trop peu pour vous ?es t m’offrir, et ce mot peut blesser les oreilles :1 a j s un pareil amour sied bien à mes pareilles :‘''Je veux bien, seigneur, qu’on sache désormais.' lle j’ai d’assez bons yeux pour voir ce que je fais.j e le dis donc tout liant, afin que l'on m’eniende :e v ’eux bien un Romain, mais je veux qu’il com-

[mande ;

Et ne trouverais pas vos rois à dédaigner,

N’était qu’ils savent mieux obéir que régner.Mais, si de leur puissance ils vous laissent l'arbitre.Leur faiblesse du moins en conserve le titre :Ainsi ce noble orgueil qui vous préfère à tousEn préfère le moindre à tout autre qu’à vous ;

Car enfin, pour remplir l’honneur de ma naissaire.Il me faudrait un roi de titre et de puissance :Mais comme il n’en est plus, je pense m’en devoirOu le pouvoir sans nom, ou le nom sans pouvoir.

SERTORIUS.

J’adore ce grand cœur qui rend ce qu’il doit rendreAux illustres aïeux dont on vous voit descendre.A de moindres pensers son orgueil abaisséNe soutiendrait pas bien ce qu’ils vous ont laissé.Niais puisque, pour remplir la dignité royale,Votre haute naissance en demande une égale,Perpenna parmi nous est le seul dont le sangNe mêlerait point d’ombre à la splendeur du rang;Il descend de nos rois et de ceux d’Étrurie.

Pour moi,qu’un sang moins noble a transmis à la vie,Je n’ose m’éblouir d’un peu de nom fameux,Jusqu’à déshonorer le trône par mes vœux;Cessez de m’estimer jusqu’à lui faire injure :

Je ne veux que le nom de votre créature;

Un si glorieux titre a de quoi me ravir;

Il m’a fait triompher en voulant vous servir ;

Et. malgré tout le peu que le ciel m’a fait naître...VIRIATE.

Si vous prenez ce titre, agissez moins en maître,Ou m’apprenez du moins, seigneur, par quelle loiVous n’osez m’accepter, et disposez de moi.Accordez le respect que mon trône vous donneAvec cet attentat sur ma propre personne.

Voir toute mon estime, et n’en pas mieux user,C’en est un qu’aucun art ne saurait déguiser.

Ne m’honorez donc plus jusqu’à me faire injure;Puisque vous le voulez, soyez ma créature;

Et, me laissant en reine ordonner de vos vœux,Portez-les jusqu’à moi, parce que je le veux.

Pour votre Perpenna, que sa haute naissanceN’affranchit point encor de votre obéissance,Fût-il du sang des dieux aussi bien que des rois,Ne lui promettez plus la gloire de mon choix.Rome n’attache point le grade à la noblesse.

Votre grand Marius naquit dans la bassesse ;

Et c’est pourtant le seul que le peuple romainAitjusques à sept fois choisi pour souverain.

Ainsi pour estimer chacun à sa manière :

Au sang d’un Espagnol je ferais grâce entière ;Mais parmi vos Romainsje prends peu garde au sang,Quand j’y vois la vertu prendre le plus haut rang.Vous, si vous baissez comme eux le nom de reine,Regardez-moi, seigneur, comme dame romaine .Le^droit de bourgeoisie à nos peuples donnéNe perd rien de son prix sur un front couronné.