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Sertorius, lui seul digne de Viriate,
.Mérite que pour lui tout mon amour éclate.Fais-lui, fais-lui savoir le glorieux desseinDe m’affermir au trône en lui donnant la main :Ris-lui... Mais j’aurais tort d’instruire ton adresse,Moi qui connais ton zèle à servir ta princesse.
THAMIRE.
Madame, en ce héros tout est illustre et grand;Mais, à parler sans fard, votre amour me surprend.
Il est assez nouveau qu’un homme de son âgeAit des charmes si forts pour un jeune courage,
Et que d’un front ridé les replis jaunissantsTrouvent l’heureux secret de captiver les sens.
VIRIATE.
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte :
Il hait des passions l’impétueux tumulte ;
Et son feu que j’attache aux soins de ma grandeurDédaigne tout mélange avec leur folle ardeur.,1’aime en Sertorius ce grand art de la guerreQui soutient un banni contre toute la terre;
J’aime en lui ces cheveux tout couverts de lauriers,Ce front qui fait trembler les plus braves guerriers.Ce bras qui seml>*e avoir la victoire en partage :L’amour de la vertu n’a jamais d’yeux pour 1 âge :Le mérite a toujours des charmes éclatants;
Et quiconque peut tout est aimable en tout temps.
THAMIRE.
Mais, madame, nos rois, dont l’amour vous irrite,N’ont-ils tous ni vertu, ni pouvoir, ni mérite?
Et dans votre parti se peut-il qu’aucun d’euxN’ait signalé son nom par des exploits fameux?Celui des Turdetans, celui des Celtibères,Soutiendraient-ils si mal le sceptre de vos pères?...
VIRIATE.
Contre des rois comme eux j’aimerais leur soutien :Mais contre des Romains tout leur pouvoir n’est rie: i.Rome seule aujourd’hui peut résister à Rome :
Il faut pour la braver qu’elle nous prête un homme,Et que son propre sang en faveur de ces lieuxRalance les destins, et partage les dieux.
Depuis qu’elle a daigné protéger nos provinces,
Et de son amitié faire honneur à leurs princes,
Sous un si haut appui nos rois humiliésN’ont été que sujets sous le nom d’alliés;
Et ce qu’ils ont osé contre leur servitudeN’en a rendu le joug que plus fort et plus rude.
Qu'a fait Mandonius, qu’a fait Indibilis,
Qu’y plonger plus avant leurs trônes avilis,
Et voir leur lier amas de puissance et de gloireBrisé, contre l’écueil d’une seule victoire ?
Le grand Vii iatus, de qui je tiens le jour,
D’un sort plus favorable eut un pareil reiour.
Il défit trois préteurs, il gagna dix batailles,
Il repoussa l’assaut de plus de cent murailles,
Et de Servilius l'astre prédominantDissipa tout d’un coup ce bonheur étonnant.
E II, SCÈNE II.
Ce grand roi fut défait, il en perdit la vie,
Et laissait sa couronne à jamais asservie,
Si pour briser les fers de son peuple captifRome n’eilt envoyé ce noble fugitif.
Depuis que son courage à nos destins préside,Un bonheur si constant de nos armes décide,Que deux lustres de guerre assurent nos climatsContre ces souverains de tant de potentats,
Et leur laissent à peine, au bout de dix années,Pour se couvrir de nous l’ombre des Pyrénées.
Nos rois, sans ce héros, l’un de l'autre jaloux,Du plus heureux sans cesse auraient rompu les
[coups :
Jamais ils n’auraient pu choisir entre eux un maître-
THAMIRE.
Niais consentiront-ils qu’un Romain puisse l'être-
VIRIATE.
Il n’en prend pas le titre, et les traite d’égal :.Mais, Thamire, après tout, il est leur général ;
Ils combattentsous lui,sous son ordreilss’unissenhEt tous ces rois de nom en effet obéissent,Tandis que de leur rang l’inutile fiertéS’applaudit d’une vaine et fausse égalité.
THAMIRE.
Je n'ose vous rien dire après cet avantage,bit voudrais comme vous faire grAce à son âge *Mais enfin ce héros, sujet au cours des ans,
A trop longtemps vaincu pour vaincre encor la 11 ?'Et sa mort... [ten'l lS ’
VIRIATE.
Jouissons, en dépit de l’envie,
Des restes glorieux de son illustre vie :
Sa mort me laissera pour ma protectionLa splendeur de son ombre et l’éclat de son |l0lfl ’Sur ces deux grands appuis ma couronne atfe 1 ' 1111 ^Ne redoutera point de puissance ennemie;
Ils feront plus pour moi que ne feraient cent r01! "Niais nous en parlerons encor quelque autre t° lS 'Je l’aperçois qui vient.
SCÈNE II.
SERTORIUS, VIRIATE, THAMIRE-
SERTORIUS.
Que direz-vous, madau 11 ’-Du dessein téméraire où s’échappe mon âme-N’est-ce point oublier ce qu’on vous doit d’honnQue demander à voir le fond de votre cœur?
VIRIATE.
11 est si peu fermé, que chacun y peut lire,Seigneur, peut-être plus que je ne puis vousPour voir ce qui s’y passe, il ne faut que des y
sertorius. . s
J’ai besoin toutefois qu’il s’explique un peu W ieTous vos rois à l’envi briguent votre hyui 11Et comme vos bontés font notre destinée,