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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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332 SERTORIUS. ACTE II. SCENE II

Sous ce titre adoptif, étant ce que vous êtes, •

Je pense bien valoir une de nies sujettes ;

Et, si quelque Romaine a causé vos refus,

Je suis tout ce qu’elle est, et reine encor de plus.Peut-être la pitié d’une illustre misère....

SF.RTOItlUS.

Je vous entends, madame,et,pour ne vous rien taire,.î’avoêirai qu’Aristie....

YJRIATE.

Elle nous a tout dit;

Je sais ce qu’elle espère et ce qu’on vous écrit.Sans y perdre de temps, ouvrez votre pensée.

SERTORIUS.

Au seul bien de la cause elle est intéressée :

Mais puisque, pour ôter l’Espagne à nos tyrans,Nous prenons, vous et moi, des chemins différents,De grâce, examinez le commun avantage,

Et jugez ce que doit un généreux courage.

Je trahirais, madame, et vous et vos états,

De voir un tel secours, et ne l’accepter pas :

Mais ce même secours deviendrait notre perte,

S’il nous ôtait la main que vous m’avez offerte,

Et qu’un destin jaloux de nos communs desseinsJetât ce grand dépôt en de mauvaises mains.

Je tiens Sylla perdu, si vous laissez unieA ce puissant renfort votre Lusitanie.

Mais vous pouvez enlin dépendre d’un époux,

Et le seul Perpenna peut m’assurer de vous.

Voyez ce qu’il a fait; je lui dois tant, madame,Qu’une juste prière en faveur de sa flamme....

VIRIATE.

Si vous lui devez tant, ne me devez-vous rien ?

Et lui faut-il paver vos dettes de mon bien?

Après que ma couronne a garanti vos têtes,

Ne mérité-je point de part à vos conquêtes?

Ne vous ai-je servi que pour servir toujours,

Et m’assurer des fers par mon propre secours?

Ne vous y trompez pas : si Perpenna m’épouse,

Du pouvoir souverain je deviendrai jalouse,

Et le rendrai moi-même assez entreprenantPour ne vous pas laisser un roi pour lieutenant.

Je vous avoiirai plus : à qui que je me donne,

Je voudrai hautement soutenir ma couronne;

Et c’est ce qui me force à vous considérer,

De peur de perdre tout, s’il nous faut séparer.

Je ne vois que vous seul qui des mers aux montagnesSous un même étendard puisse unir nos Espagnes :Mais ce que je propose en est le seul moyen ;

Et, quoi qu’ait fait pour vous ce cher concitoyen,S’il vous a secouru contre la tyrannie,

Il en est bien payé d’avoir sauvé sa vie.

Les malheurs du parti l’accablaient à tel point,Qu’il se voyait perdu, s’il ne vous eut pas joint ;

Et même, si j’en veux croire la renommée,

Ses troupes, malgré lui, grossirent votre armée.Rome offre un grand secours, du moins on vous l’é-Mais.s’armât-elletoute en faveur d’un proscrit,[crit ;Quand nous sommesauxbords d’une pleine victoire,Quel besoin avons-nous d’en partager la gloire ?Encore une campagne, et nos seuls escadronsAux aigles de Sylla font repasser les monts.

Et ces derniers venus auront droit de nous direQu’ils auront en ces lieux établi notre empire !Soyons d'un tel honneur l’un et l’autre jaloux;

Et quand nous pouvons tout, ne devons rien qu’à

SERTORIUS. [nOUS.

L’espoir le mieux fondé n’a jamais trop de forces.Le plus heureux destin surprend par les divorces;De trop de confiance il aime à se venger;

Et dans un grand dessein rien n’est à négliger.

Devons-nous exposer à tant d’incertitudeL’esclavage de Rome et notre servitude,

De peur de partager avec d’autres RomainsUn honneur où le ciel veut peut-être leurs mains?Noire gloire, il est vrai, deviendra sans seconde,Si nous faisons sans eux la liberté du monde ; [bats,Mais si quelque malheur suit tant d’heureux coin-Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas !D’ailleurs, considérez que Perpenna vous aime,Qu’il est ou qu’il se croit digne du diadème,

Qu’il peut ici beaucoup ; qu’il s’est vu de tout tempsQu’en gourvernantle mieux on fait des mécontents;Que, piqué de mépris, il osera peut-être....

VIRIATE.

Tranchez le mot.seigneurje vous aifait mon maîtreEt je dois obéir malgré mon sentiment ;

C’est à quoi se réduit tout ce raisonnement.

Faites, faites entrer ce héros d’importance,

Que je fasse un essai de mon obéissance;

Et si vous le craignez, craignez autant du moinsUn long et vain regret d’avoir prêté vos soins.

SERTORIUS.

Madame, croiriez-vous....

VIRIATE.

Ce mot vous doit sutli | < ’'J’entends ce qu’on médit, et ce qu’on me veut due’Allez, faites-lui place, et ne présumez pas.- -

SERTORIUS.

Je parle pour un autre, et toutefois, hélas !

Si vous saviez....

VIRIATE. ■,

Seigneur, que faut-il que je sae |PEt quel est le secret que ce soupir me cache.

SERTORIUS.

Ce soupir redoublé....

VIRIATE.

N’achevez point ; aile* :

Je vous obéirai plus que vous ne voulez.