SERTOIUUS, ACTE 111, SCENE 1.
î3o5
Casserait une austère et farouche vertu. [drel'our moi, qui vous honore assez pour mecontrain-' fuir obstinément tout sujet de m’en plaindre,
■* e ne veux rien comprendre en ces obscurités.
SEBTORIUS.
,e sais qu’on n’aime point de telles vérités :
•'lais, seigneur, étant seuls, je parle avec franchise;bannissant les témoins, vous me l’avez permise :Ct je garde avec vous la même libertéQue si votre Sylla n’avait jamais été.
Cst-ce être tout Romain qu’être chef d’une guerreQui veut tenir aux fers les maîtres de la terre ?
C® nom, sans vous et lui, nous serait encor dû ;
^ est par lui, c’est par vous, que nous l’avons perdu.C’est vous qui sous le joug traînez des cœurs si bra-des ;
* s étaient plus que rois, ils sont moindres qu’escla-Ct la gloire qui suit vos plus nobles travaux [ves ;^' e fait qu’approfondir l’abîme de leurs maux :Ctur misère est le fruit de votre illustre peine :
Cf vous pensez avoir l’ànie toute romaine !
°us avez hérité ce nom de vos aïeux;
Cais, s'il vous était cher, vous le rempliriez, mieux.POMPÉE.
e et'ois le bien remplir quand tout mon cœur s’ap-Qtx soins de rétablir un jour la république : [pliquej*ais vous jugez, seigneur, de l’âme par le bras ;souvent l’un parait ce que l’autre n’est pas.Corsque deux factions divisent un empire,'bacuu suit au hasard la meilleure ou la pire,
' Vivant l’occasion ou la nécessitéCW l’emporte vers l’un ou vers l’autre côté.
Ce
■\
Plus juste parti, difficile à connaitrt
'lu
,° u s laisse en liberté de nous choisir un maître ;
, a ‘s, quand ce choix est fait, on ne s'en dédit plus.
31 servi sous Sylla du temps de Marius,
1 servirai sous lui tant qu’un destin funeste
n os divisions soutiendra quelque reste.
I, Wnie je ne vois pas dans le fond de son cœur,'Score quels projets peut former son bonheur :
S ’>1 les
loi
pousse trop loin, moi-même je l’en blâme,
le
Ul prête mon bras sans engager mou âme :
j, IVl abandonne au cours de sa félicité,
„ que tous mes vœux sont pour la liberté ;
, c e st ce qui me force à garder une placeA( ( llSlt rperaient sans moi l’injustice et l’audace,
1,1 que, Sylla mort, ce dangereux pouvoirp * 0| "be qu’en des mains qui sachent leur devoir.
Irt je sais mon but, et vous savez le vôtre.
\
•ÙS (
SEBTORllJS.
[autre ;
’ <; ependant, seigneur, vous servez comme un,? t n °us, qui jugeons tout sur la foi de nos yeux,y Wssons le dedans à pénétrer aux dieux, [Rome,baignons votre exemple, et doutons si dansPi U'struît point le peuple à prendre loi d’un hom-S| '"Ire valeur, «nus le pouvoir d’autrui, [me ;
Ne sème point pour vous lorsqu’elle agit pour lui.
Comme je vous estime, il m’est aisé de croireQue de la liberté vous feriez votre gloire,
Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux ;Mais, si je m’en rapporte aux esprits soupçonneux,Vous aidez aux Romains à faire essai d’un maître,Sous ce flatteur espoir qu’un jour vous pourrez l’être.La main qui les opprime, et que vous soutenez,Les accoutume au joug que vous leur destinez;Et, doutant s’ils voudront se faire à l’esclavage,Aux périls de Sylla vous tâtez leur courage.
POMPÉE.
Le temps détrompera ceux qui parlent ainsi ;
Mais justifira-t-il ce que l’on voit ici ?
Permettez qu’à mon tour je parle avec franchise;Votre exemple à la fois m’instruit et m’autorise :.Te juge, comme vous, sur la foi de mes yeux,
Et laisse le dedans à pénétrer aux dieux.
Ne vit-on pas ici sous les ordres d’un homme ?N’y commandez-vous pas comme Sylla dans Rome ?Du nom de dictateur, du nom de général,Qu’importe, si des deux le pouvoir est égal ?
Les titres différents ne font rien à la chose ;
Vous imposez des lois ainsi qu’il eu impose;
Et, s’il est périlleux de s’en faire haïr,
11 ne serait pas sûr de vous désobéir.
Pour moi, si quelque jour je suis ce que vous êtes,J’en userai peut-être alors comme vous faites :Jusque-là...
SEBTOBIUS.
Vous pourriez en douter jusque-là ,
Et me faire un peu moins ressembler à Sylla.
Si je commande ici, le sénat me l’ordonne.
Mes ordres n’ont encore assassiné personne.
Je n’ai pour ennemis que ceux du bien commun ;Je leur fais bonne guerre et n’en proscris pas un.C’est un asile ouvert que mou pouvoir suprême ,Et, si l’on m’obéit, ce n’est qu'autant qu’on m'aime.
POMPÉE.
El votre empire en est d’autant plus dangereux.Qu’il rend de vos vertus les peuples amoureux,Qu’en assujétissant vous avez l'art de plaire,
Qu’on croit n’être en vos fers qu’esclave volontaire,Et que la liberté trouvera peu de jourA détruire un pouvoir que fait régner l’amour.
Ainsi parlent, seigneur, les âmes soupçonneuses.Mais n’examinons point ces questions fâcheuses,
Ni si c’est un sénat qu’un amas de bannisQue cet asile ouvert sous vous a réunis.
Une seconde fois, n’est-il aucune voie
Par où je puisse à Rome emporter quelque joie?
Elle serait extrême à trouver les moyens
De rendre un si grand homme à ses concitoyens.
Il est doux de revoir les murs de la patrie :
C’est elle par ma voix, seigneur, qui vous en prie ;C’est Rome...