Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
341
JPEG-Download
 

SERTORIUS, ACTE IV, SCENE III.

Ct c’est par où je veux vous arrêter ici.

Qu’ai-je à faire dans Rome? et pourquoi, je voussf.rtorius. [prie...

■'lais nos Romains, madame, aiment tousleur patrie;Ct de tous leurs travaux Tunique et doux espoir,C’est de vaincre bientôt assez pour la revoir.

VIRIATE.

Pour les enchaîner tous sur les rives du Tage,'ous n'avons qu’à laisser Rome dans l’esclavage :Us aimeront à vivre et sous vous et sous moi,

I ant qu’ils n’auront qu'un choix d’un tyran ou d’un

seiito a i us. [roi.

Us ont pour Tuii et l’autre une pareille haine,l’-t n’obéiront point au mari d’une reine.

VIRIATE.

Qu’ils aillent donc chercher des climats à leur choix,Wi le gouvernement n’ait ni tyrans ni rois.

^os Espagnols, formés à votre art militaire,Achèveront sans eux ce qui nous reste à faire.

I.a perte de Sylla n’est pas ce que je veux;l'orne attire encor moins la (ierté de mes vœux :C’hymen où je prétends ne peut trouver d’amorces■'u milieu d’une ville où régnent, les divorces,

Ct du haut de mon trône on ne voit point d’attraitsOù Ton n’est roi qu’un an, pour n’être rien après,l'.nliii , pour achever, j'ai fait pour vous plus qu’elle :kl le vous a banni, j’ai pris votre querelle;le conserve des jours qu’elle veut vous ravir.Prenez le diadème, et laissez-la servir.

II est beau de tenter des choses inouïes,

Ihlt-on voir par l’effet ses volontés trahies.

Pour moi, d’un grand Romain je veux faire un grand'ous, s’il y faut périr, périssez avec moi : [roi ;C’est gloire de se perdre en servant ce qu’on aime.

‘ SERTORIUS.

'lais porter dès l’abord les choses à l’extrême,Madame, et sans besoin faire des mécontents!oyons heureux pins tard pour l'être plus long-

[temps.

l T| ie victoire ou deux jointes à quelque adresse...VIRIATE.

'ous savez que l’amour n’est pas ce qui me presse,[ioigneur. Mais, après tout, il faut le confesser,lant de précaution commence à me lasser.

,e suis reine; et qui sait porter une couronne,Quand il a prononcé, n’aime point qu’on raisonne,vais penser à moi, vous penserez à vous.

SERTORIUS.

'Ii! si vous écoutez cet injuste courroux...

VIRIATE.

Je n’en ai point, seigneur; mais mon inquiétudeveut plus dans mon sort aucune incertitude :

' (’us me direz demain où je dois l’arrêter.Cependant je vous laisse, avec qui consulter.

Il VI

SCÈNE III.

SERTORIUS, PERPENNA, ATJFIDE.

PERPENNA, à Aufliie.

Dieux ! qui peut faire ainsi disparaître la reine ?

AUFIOE, à Pcrpcnna.

Lui-même a quelque chose en l’âme qui le gêne.Seigneur; et notre abord le rend tout interdit.SERTORIUS.

De Pompée en ces lieux savez-vous ce qu'on dit ?1,'avez-vous mis fort loin au delà de. la porte?

PERPENNA.

Comme assez près des murs il avait son escorte.Je me suis dispensé de le mettre plus loin.

Mais de votre secours, seigneur, j’ai grand besoin.Tout son visage montre une fierté si haute...

SERTORIUS.

Nous n’avons rien conclu, mais ce n’est pas ma faute ;Et vous savez...

PERPENNA.

Je sais qu’en de pareils débats...SERTORIUS.

Je n’ai point cru devoir mettre les armes bas ;

Il n’est pas encor-temps.

PERPENNA.

Continuez, de grâce;

Il n’est pas encor temps que l’amitié se lasse.

SERTORIUS.

Votre intérêt m’arrête autant comme le mien :

Si je m’en trouvais mal, vous ne seriez pas bien.

PERPENNA.

De vrai, sans votre appui je serais fort à plaindre ;Mais je ne vois pour vous aucun sujet de craindre.SERTORIUS.

•Te serais le premier dont on serait jaloux ;

Mais ensuite le sort pourrait tomber sur vous.

Le tyran après moi vous craint plus qu’aucun autre,Et ma tête abattue ébranlerait la vôtre.

Nous ferons bien tous deux d’attendre plus d'un an.PERPENNA.

Que parlez-vous, seigneur, de tête et de tyran ?

SERTORIUS.

Je parle de Sylla, vous le devez connaître.PERPENNA.

Et je parlais des feux que la reine a fait naître.

SERTORIUS.

Nos esprits étaient donc également distraits;Tout le mien s’attachait aux périls de la paix ;

Et je vous demandais quel bruit fait par la villeDe Pompée et de moi l’entretien inutile.

Vous le saurez, Aulide?

AUFIDE.

A ne rien déguiser,

| Seigneur, ceux de sa suite en ont su mal user;