Buch 
Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
Seite
345
JPEG-Download
 

SERTORIUS, A CT K V, SC K N K IV.

*' e prompt et noble orgueil d’un vif ressentiment :Qui pleure l’affaiblit, qui soupire l’exhale.

U faut plus de lierté dans une âme royale;kt ma douleur, soumise aux soins de le venger...

AIUSTtE.

'lais vous vous aveuglez au milieu du danger:Rangez à fuir, madame.

THAMIBE.

Il n’est plus temps; Aulide,"«s portes du palais saisi pour ce perfide,l-u fait votre prison, et lui répond de vous.

11 vient; dissimulez un si juste courroux;

l't jusqu'à ce qu’un temps plus favorable arrive,

Haignez vous souvenir que vous êtes captive.

VIRIATE.

la sais ce que je suis, et le serai toujours,^’eussé-je que le ciel et moi pour mou secours.

SCÈNE IV.

^RPKNNA, ARISTIE, MIUATE, Tl 1 AMI UE,ARCAS.

l’ERPENNA , à Viriate.l'ertorius est mort; cessez d’être jalouse,

'ladame, du haut rang qu’aurait pris son épouse,l'I n’appréhendez plus, comme de. son vivant,Qu’en vos propres états elle ait le pas devant.

^1 l’espoir d’Aristie a fait ombrage au vôtre,

I e puis vous assurer et d’elle et de tout autre,* vt que ce coup heureux saura vous maintenirl'-f contre le présent et contre l’avenir,était un grand guerrier, mais dont le sang ni l’AgePouvaient avec vous faire un digne assemblage ;l‘‘t malgré ces défauts, ce qui vous en plaisait,

' e tait sa dignité qui vous tyrannisait.

« nom de général vous le rendait aimable ;

'' 'os rois, à moi-même il était préférable;

°us vous éblouissiez du titre et de l'emploi :

'je viens vous offrir et l’un et l’autre en moi,'''ce des qualités où votre Ame hautaine■vouvera mieux de quoi mériter une reine.

11 Romain qui commande et sort du sang des rois<j ,e laisse l’Age à part) peut espérer son choix,j ,lv tout quand d’un affront son amour l’a vengée,1 fine d’un choix abject son bras l’a dégagée.

' lU'ès t’être immolé chez toi ton général,j 0| > que faisait trembler l'ombre d’un tel rival,tu viens ici braver encor des femmes,.pU'ter insolemment tes détestables (lamines,

|o eil) parer d’une reine en son propre palais,'(«mander sa main pour prix de tes forfaits ! [pée ;les dieux, scélérat; crains les dieux ou Pom-‘ dl| ts leur haine, ou son bras, leur foudre, ou son|, :t Lépée,

’ 'Pielque noir orgueil qui te puisse aveugler,

Apprends qu’il m’aime encor, et commence à trem-

[bler.

Tu 1e verras, méchant, plus tôt que tu ne penses;Attends, attends de lui tes dignes récompenses.

PEBPEKNA.

S’il en croit votre ardeur, je suis stlr du trépas ;Mais peut-être, madame, il ne l’en croira pas;

Et quand il me verra commander une arméeContre lui tant de fois à vaincre accoutumée,

Il se rendra facile à conclure une paixOui faisait dès tantôt, ses plus ardents souhaits.J’ai même entre mes mains un assez bon otage,Pour faire mes traités avec quelque avantage.Cependant vous pourriez, pour votre heure! le mien,\e parler pas si haut à qui ne vous dit rien.

Ces menaces en l’air vous donnent trop de peine.Après ce que j’ai fait, laissez faire la reine;

Et, sans blâmer des vœux qui ne vont point à vous,Songez à regagner le cœur de votre époux.

VIRIATE.

Oui, madame, en effet c’est à moi de répondre,

Et mon silence ingrat a droit de me confondre.Ce généreux exploit, ces nobles sentiments,Méritent de ma part, de hauts remercîments :

Ces différer encor, c’est lui faire injustice.

Il m’a rendu sans doute un signalé service ;Mais il n’en sait encor la grandeur qu’à demi.

Le grand Sertorius fut son parfait ami.Apprenez-le, seigneur (car je me persuadeQue nous devons ce titre à votre nouveau grade;Et pour le peu de temps qu’il pourra vous durer,11 me coûtera peu de vous le déférer ) ;

Sachez donc que pour vous il osa me ’ ' e,

Ce héros; qu’il osa mériter ma colère;

Que malgré son amour, que malgré mon courroux,11 a fait tous efforts pour me donner à vous;

Et qu’à moins qu’il vous plût lui rendre sa parole.Tout mon dessein n’était qu’une atteinte frivole;Qu’il s’obstinait pour vous au refus dénia main.

ARISTIE.

Et tu peux lui plonger un poignard dans le sein !Et ton bras...

VIIUATE.

Permettez, madame, que j’estimeLa grandeur de l’amour par la grandeur du crime.

Chez lui-même, à sa table, au milieu d’un festin,lVuu si parfait ami devenir l’assassin,

Et de son général se faire nn sacrifice,

Lorsque son amitié lui rend un tel service ;Renoncer à la gloire, accepter pour jamaisL’infamie, et l’horreur qui suit les grands iorlaits ;Jusqu’en mon cabinet porter sa violence,

Pour obtenir ma main m'y tenir sans défense;Tout cela d’autant plus fait voir ce que je doiA cet excès d’amour qu’il daigne avoir pour moi;Tout cela montre une Ame au dernier point charmée;