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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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O T HO N, ACTE I, SCÈNE 11.

1^ qui se l’immola leur demande justice :

11 levait, et prétend par un jeune empereur^amener les esprits, et câliner leur fureur.

Il espère un pouvoir ferme, plein, et tranquille,

Ü *1 nomme pour César un époux de.Camille ;

'lais il balance encor sur ce choix d'un époux,l'-t je ne puis, seigneur, m’assurer que sur vous.

■1 ai donc pour ce grand choix vanté votre courage,1-1 Eacus à Pison a donné son suffrage.

'lartian n’a parlé qu’en termes ambigus,

'lais sans doute il ira du côté de Eacusl'-t l’unique remède est de gagner Camille :

S| 1 sa voix est pour nous, la leur est inulile.

''«us serons pareil nombre, et dans l’égalité,(, alba pour cette nièce aura de la bonté.

Il a remis exprès à tantôt d’en résoudre,l'e nos tètes sur eux détournez cette foudre ;le vous le dis encor, contre ces grands jalouxle ne me puis, seigneur, assurer que sur vous,l'e votre premier choix quoi que je doive attendre,■le vous aime encor mieux pour maître que pour

[gendre;

je ne vois pour nous qu'un naufrage certain,l'Il nous faut recevoir un prince de leur main.

OTUOK.

'!• ! seigneur, sur ce point c’est trop de confiance ;H est vous tenir trop sur de mon obéissance,le ne prends plus de lois que de ma passion;l^lautine est l’objet seul de mon ambition ;l-l, si votre amitié me veut détacher d’elle,l" a haine de Eacus me serait moins cruelle.

Iv'tte tn’imporfe, après tout, si tel est mon malheur,l'e mourir par son ordre, ou mourir de douleur ?vi\u:s.

\

Seigneur, un grand courage, à quelque point qu’il ai-■''aittoujours au besoin se posséder soi-mème. fine,l’°Ppée avait pour vous du moins autant d'appas;‘1 quand on \ous l’ôta vous n’en mourûtes pas.

OTIIO.X.

0| E seigneur; mais l'oppée était une inlidèle,

' ll| i n’en voulait qu'au trône, et qui m'aimait moins

[qu’elle -

* e peu qu elle eut d'amour ne lit du lit d'Othon?" u 'i degre pour monter a celui de Néron ;

Ile ne m’épousa qu’afin de s’ÿ produire,

’y ménager sa place au hasard de me nuire :^ l| ssi j’en fus banni sous un titre d’honneur ;

’1 pour ne plus me voir on me lit gouverneur.,.'*'sj adore Plautine, et je règne en son Ame ;<i 0l *s ordonner d’éteindre une si belle (lamine,[ es t... je n’ose le dire. Il est d’autres Romains,j e ‘"neur, qui sauront mieux appuyer vos desseins;^ en est dont le cœur pour Camille soupire,

■1 ( Rù seront ravis de vous devoir l’empire.

I VIXJIS.

'eux que cet espoir à d’autres soit permis ;

Mais êtes-vous fort sür qu’ils soient de nos amis ?Savez-vous mieux que moi s’ils plairont à Camille ?Oïl ION.

Et croyez-vous pour moi qu’elle soit plus facile ?Pour moi, que d’autres vœux...

V1N1US.

A ne vous rien celer,

Sortant d’avec Galba, j’ai voulu lui parler ;

.l’ai voulu sur ce point pressentir sa pensée;l’en ai nommé plusieurs pour qui je l’ai pressée.

A leurs noms, un grand froid, un front triste, un

[œil bas,

M’ont fait v oir aussitôt qu’ils ne lui plaisaient pas :Au vôtre elle a rougi, puis s’est mise à sourire,

Et m’a soudain quitté sans me vouloir rien dire.C’est à vous, qui savez ce (pie c’est que d’aimer,

A juger de son cœur ce qu’on doit présumer.OTIlOVf.

.le n’en veux rien juger, seigneur; et sans PlautineL’amour m’est un poison, le bonheur m’assassine,-Et tontes les douceurs du pouvoir souverain.Me sont d’affreux tourments, s’il m’en colite sa main.VIMES.

De tant de fermeté j’aurais l’Ame ravie,

Si cet excès d’amour nous assurait la vie;

Mais il nous faut le trône, ou renoncer au jour;lit quand nous périrons, que servira l’amour?OTHO.N.

A de vaines frayeurs un noir soupçon vous livre ;Pison .n’est point cruel et nous laissera vivre.

VtMLS.

Il nous laissera vivre, et je vous ai nommé!

Si de nous voit dans Rome il n’est point alarmé,Nos communs ennemis, (pii prendront sa conduite.En préviendront pour lui la dangereuse suite.Seigneur, quand pour l’empire on s’est vu désigner,Il faut, quoi qu’il arrive, on périr, ou régner.

Ee posthume'Agrippa vécut peu sous Tibère;Néron n’épargna point le sang de son heau-licre ;Et Pison vous perdra par la meme raison,

Si vous ne vous hâtez de prévenir Pison.

Il n’est point de milieu qu’en saine politique ..OTHOX.

Etl amourest la seule où tout mon cœurs'

Rien ne vous a servi, seigneur, de me nommer;Vous voulez que je règne, et je ne sais qu’aimer.Je pourrais savoir plus, si l’astre qui domineMe voulait faire un jour régner avec Plautine ;Mais dérober son âme à de si doux appas,

Pour attacher sa vie à ce qu’on n’aime pas!...

YIN1US.

Eli bien! si cet amour a sur vous tant de force,Régnez : qui fait des lois peut bien faire un divorce.Du trône on considère enfin ses vrais amis;

Et quand vous pourrez tout, tout vous sera permis.