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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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OTHON, ACTE II, SCENE I.

four épargner vos maux j'augmente mon supplice;Je souffre, et c’est pour vous que j’ose m’imposerCa gêne de souffrir, et de le déguiser,fout ce que vous sentez, je le sens dans mon âme ;J’ai même déplaisir comme j’ai même flamme;J’ai même désespoir : mais je sais les cacher,

Et paraître insensible afin de moins toucher,faites à vos désirs pareille violence,

Eetenez-en l’éclat, sauvez-en l’apparence ;

Au péril qui nous presse immolez le dehors,

Et pourvous faire aimer montrez d’au très transports.Je ne vous défends point une douleur muette,Pourvu que votre front n’en soit point l’interprète,Et que de votre cœur vos yeux indépendantsJriomphent comme moi des troubles du dedans.Suivez, passez l’exemple, et portez à CamilleEn visage content, un visage tranquille,

Qui lui laisse accepter ce que vous offrirez,

Et ne démente rien de ce que vous direz.

OTHON.

J Jélas ! madame, hélas ! que pourrai-je lui dire ?

PLAUTINE.

E y va de ma vie, il y va de l’empire ;

Eéglez-vouslà-dessus. Le temps se perd, seigneur.Adieu : donnez la main, mais gardez-moi le cœur;Ou, si c’est trop pour moi, donnez et l’un et l’autre,Emportez mon amour, et retirez le votre :

“Euis, dans ce triste état si je vous fais pitié,Eonservez-moi toujours l’estime et l’amitié ;

Et u’oubliez jamais, quand vous serez le' maître,Que c’est moi qui vous force et qui vous aide à l’ê-OTHON, seul. [tre.

Que ne m'est-il permis d’éviter par ma mortEes barbares rigueurs d’un si cruel effort !

ACTE DEUXIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

PLAUTINE, FLAVIE.

PLAUTINE.

's-nioi donc, lorsque Othon s’est offert à Camille,^"t-il paru contraint ? a-t-elle été facile ? -‘ r 0tl hommage auprès d’elle a-t-il eu plein effet ?E°mment l’a-t-elle pris, et comment l’a-t-il fait?

FLAVIE.

;i ' tout vu : mais enfin votre humeur curieuse* v °us faire un supplice est trop ingénieuse.Quelque reste d’amour qui vous parle d’Othon,

^ adanie, ouhliez-en, s’il se peut, jusqu’au nom.<ills vous êtes vaincue en faveur de sa gloire,

Goûtez un plein triomphe après votre victoire :Le dangereux récit que vous me commandezEst un nouveau combat où vous vous hasardez.Votre âme n’en est pas encor si détachéeQu’il puisse aimer ailleurs sans qu’elle en soit tou-Prenez moins d’intérêt à l’y voir réussir, [cliée.Et fuyez le chagrin de vous en éclaircir.

PLAUTINE.

Je le force moi-même à se montrer volage ;

Et, regardant'son change ainsi que mon ouvrage,J’y prends un intérêt qui n’a rien de jaloux : *Qu’on l’accepte, qu’il règne, et tout m’en sera doux.

FLAVIE.

J’en doute ; et rarement une flamme si forteSouffre qu’à notre gré ses ardeurs...

PLAUTINE.

Que t’importe ?

Laisse-m’en le hasard ; et, sans dissimuler,

Dis de quelle manière il a su lui parler.

FLAVIE.

N’imputez donc qu’à vous si votre âme inquièteEn ressent malgré moi quelque gêne secrète.

Othon à la princesse a fait un compliment,

Plus en homme de cour qu’en véritable amant.Son éloquence accorte, enchaînant avec grâceL’excuse du silence à celle de l’audace,

En termes trop choisis accusait le respectD’avoir tant retardé cet hommage suspect.

Ses gestes concertés, ses regards de mesureN’y laissaient aucun mot aller à l’aventure :

On ne voyait que pompe en tout ce qu’il peignait ;Jusque dans ses soupirs la justesse régnait,

Et suivait pas à pas un effort de mémoireQu’il était plus aisé d’admirer que de croire.Camille semblait même assez de cet avis ;

Elle aurait mieux goûté des discours moins suivis,Je l’ai vu dans ses yeux : mais cette défianceAvait avec son cœur trop peu d’intelligence.

De ses justes soupçons ses souhaits indignésLes ont tout aussitôt détruits ou dédaignés";

Elle a voulu tout croire; et quelque retenueQu’ait su garder l’amour dont elle est prévenue,On a vu, par ce peu qu’il laissait échapper,Quelle prenait plaisir à se laisser tromper ;

Et que si quelquefois l’horreur de la contrainteForçait le triste Othon à soupirer sans feinte,Soudain l’avidité de régner sur son cœurImputait à l’amour ces soupirs de douleur.

PLAUTINE.

Et sa réponse enfin ?

FLAVIE.

Elle a paru civile ;

Mais la civilité n’est qu’amour en Camille,

Comme en Othon l’amour n’est que civilité.

PLAUTINE.

Et n’a-t-elle rien dit de sa légèreté,

sa