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Oeuvres de P. et TH. Corneille / précédées de la vie de P. Corneille par Fontenelle et des discours sur la poésie dramatique
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OTHON, ACTE II, SCÈNE IL.

Rien de la foi qu’il semble avoir si mal gardée?

FLAVIE.

Elle a su rejeter cette fâcheuse idée,

Et n’a pas témoigné qu’elle sût seulementQu’on l’eût vu pour vos yeux soupirer un moment.

PLAUTINE.

Mais qu’a-t-elle promis ?

FLAVIE.

Que son devoir fidèle

Suivrait ce que Galba voudrait ordonner d’elle ;

Et, de peur d’en trop dire et d’ouvrir trop son coeur,Elle l’a renvoyé soudain vers l’empereur.

Il lui parle à présent. Qu’en dites-vous, madame,Et de cet entretien que souhaite votre ânie?Voulez-vous qu’on l’accepte , ou qu’il n'obtienneplautine. [rien?

Moi-même, à dire vrai, je ne le sais pas bien.Comme des deux côtés le coup me sera rude,J’aimerais à jouir de cette inquiétude,

Et tiendrais à bonheur le reste de mes joursDe n’en sortir jamais, et de douter toujours.

FLAVIE.

Mais il faut se résoudre, et vouloir quelque chose.

PLAUTINE.

Souffre sans m’alarmer que le ciel en dispose ;Quand son ordre une fois en aura résolu,

Il nous faudra vouloir ce qu’il aura voulu.

Ma raison cependant cède Othon à l’empire :

Il est de mon honneur de ne m’en pas dédire ;

Et, soit ce grand souhait volontaire ou forcé,

Il est beau d’achever comme on a commencé.

Mais je vois Martian.

SCÈNE IL

MARTIAN, PLAUTINE, FLAVIE.

PLAUTINE-

Que venez-vous m’apprendre ?

MARTIAN.

Que de votre seul choix l’empire va dépendre,Madame.

PLAUTINE.

Quoi ! Galba voudrait suivre mon choix ?

MARTIAN.

Non : mais de soneonseil nous ne sommes que trois :Et si pour votre Othon vous voulez mon suffrage,Je vous le viens offrir avec un humble hommage.

PLAUTINE.

Avec ?

MARTIAN.

Avec des vœux sincères et soumis,

Qui feront encor plus si l’espoir m’est permis.

PLAUTINE.

Quels vœux, et quel espoir?

MARTIAN.

Cet important service,Qu’un si profond respect vous offre en sacrifice. ••PLAUTINE.

Eh bien! il remplira mes désirs les plus doux;Mais pour reconnaissance enfin que voulez-vous •MARTIAN.

La gloire d’être aimé.

PLAUTINE.

De qui ?

MARTIAN.

De vous, madame.,PLAUTINE.

De moi-même?

MARTIAN.

De vous : j’ai des yeux ; et mon ài» 1 '

PLAUTINE.

Votre âme, en me faisant cette civilité,

Devrait l’accompagner de plus de vérité.

On n’a pas grande foi pour tant, de déférence,Lorsqu’on voit que la suite a si peu d'apparence-L’Offre sans doute est belle, et bien digne d’un p rl '’Niais en le choisissant vous vous êtes mépris-Si vous méconnaissiez vous feriez mieux paraître - ■'

MARTIAN.

Hélas ! mon mal ne vient que de vous trop conna‘ tre

Mais vous-même, après tout, ne vous confiais 8 ^’Quand vous croyez si peu l’effet de vos appas,

Si vous daigniez savoir quel est votre mérite,Vous ne douteriez point de l’amour qu’il excite - ,Othon m’en sert de preuve : il n’avait rien ah n ‘Depuis que de Poppée il s’était vu charmé ;

Rien que d’entre ses bras Néron l’eût enlevée)L’image dans son cœur s’en était conservée ;

La mort même, la mort n’avait pu l’en chasse* -

A vous seule était dû l’honneur de l’effacer-Vous seule d’un coup d’œil emportâtes la glo ,rtD’en faire évanouir ' s douce mémoire,

Et d’avoir su réduire à de nouveaux souhaitsCe cœur impénétrable aux plus charmants objC |Et vous vous étonnez que pour vous je soup* ,e

PLAUTINE.

Je m’étonne bien plus que vous me l’osiez fb re ’Je m’étonne de voir qu’il ne vous souvient pl llSQue l’heureux Martian fut l’esclave Icélus,

Qu’il a changé de nom sans changer de visage-. JUARTIAN.

C’est ce crime du sort qui m’enfle le courage-Lorsqu’en dépit de lui je suis ce que je suis,

On voit ce que je vaux, voyant ce que je p* ,is- ,Un pur hasard sans nous règle notre naissance,Mais comme le mérite est en notre puissance,

La honte d’un destin qu’on vit mal assorti .Fait d’autant plus d'honneur quand on en est * [)f <LQuelque tache en morf sang que laissent mes a^