8 ESSAI SUR LA VIE ET LES ÉCRITS
pendant les longues guerres de notre révolution.
Sans doute, avec de l’instruction et du caractère , ill'allait bien peu ambitionner l’avancement pour n’en pasobtenir un très-rapide, lorsque Courier arriva, en 1793,à l’armée du Rhin. C’était le fort de la révolution, et ilsuffisait d’ètre jeune et de montrer de l’enthousiasmepour être porté aux plus hauts grades. Hoche , générald’armée , âgé de vingt-trois ans, et commandant sur leRhin, avait un chefd’état-inajor de dix-huit ans’ et étaitentouré de colonels et de chefs de brigade qui n’enavaient pas vingt. Il en était de même sur toute la fron-tière. Courier, qui servit jusqu’en 1795 aux deux arméesdu Rhin et de Rhin-et-Moselle, n’eut point le feu répu-blicain que les commissaires de la Convention récompen-saient avec tant de libéralité. Il n’éprouva probablementpas non plus pour les proconsuls le dévouement et l’ad-miration qu’ils inspiraient à de jeunes militaires plusardens et moins instruits que lui. Se laissant employer ets’offrant peu aux occasions, il passait le meilleur de sontemps à bouquiner dans les abbayes et les vieux châteauxdes deux rives du Rhin. Les lettres qu’il écrivait alors àsa mère sont comme toutes celles de l’époque retenuesmystérieuses, faisant à peine allusion aux affaires ; unsentiment triste et peu confiant dans l’avenir y domine.Mais à la manière dont le jeune officier d’artillerie parlede ses études et de ses livres, on voit déjà sa carrière etses systèmes d’écrivain tout-à-fait tracés : «.l’aime, dit-il,« à relire les livres que j’ai déjà lus nombre de fois, et« par là j’acquiers une érudition moins étendue , mais
1 Voir les Mémoires récemment publiés par le maréchal Gouviou •Sainl-Cyr.