IO ESSAI SUR LA VIE ET LES ÉCRITS
« d’une cristallisation complète. » Mais il paraît qu’il eutpour abandonner son poste un motif plus excusable quela crainte d’ètre surpris par le froid dans la tranchée etcristallisé. Son père venait de mourir, et la nécessité toutefiliale de voler auprès de sa mère malade et désespérée, luiavait fait oublier le devoir qui l’attachait à ses canons.A la suite de celte escapade il alla s’enfermer dans unepetite campagne aux environs d’Alby, où il se mit à tra-duire avec une admirable sécurité la harangue Pro Li-gario , tandis qu’on le réclamait de l’armée comme dé-serteur, et que peut-être il courait grand risque d’êtretraité comme tel. Des amis plus prudens que lui s’em-ployaient pendant ce temps pour le mettre à couvertdes poursuites qu’il avait encourues. Ils y réussirent,mais la note resta, et peut être elle a beaucoup aidéCourier dans la suite de sa carrière à se maintenir dansson philosophique éloignement des hauts grades. Vin-rent les belles années de 1796 et 1797 qui assurèrent letriomphe de la révolution. Pendant que, sous Bona-parte, en Italie, la victoire iaisait sortir des rangs unefoule d’honnnes nouveaux dont les noms ne cessaientplus d’occuper la renommée, Courier comptait desboulets et inspectait des affûts dans l’intérieur, ser-vice qui pouvait passer pour une disgrâce dans de tellescirconstances. Mais Courier s’arrangeait de tout. Il avaitalors vingt-trois ans. Ses premières années au sortir del’école de Châlons avaient été attristées par le sombrerégime imposé aux armées sous la Convention. Entrerdans le monde au temps de la terreur avec l’amour del’indépendance et des libres jouissances de l’esprit, c’é-tait avoir bien mal rencontré ; aussi Courier donna-t-il