12 EEAI SUR LA VIE ET LES ÉCRITS
plus on voit, et moins on écrit; plus les impressions sontvives, accumulées, pressantes , moins on est tenté deles vouloir rendre. Et puis il s’en fallut de beaucoup quecette Italie que Courier avait toujours désirée , lui vîntfournir les riantes peintures auxquelles son imaginations’était sans doute préparée. A peine eut-il passé les Alpes,que l’état d’oppression , d’avilissement et de misère danslequel était le pays, affligèrent son aine d’artiste. 11 tra-versa la belle et triste Péninsule, et de Milan jusqu’àTarente il eut le même spectacle. Il vit le trop sévèrerégime imposé par Bonaparte à sa conquête , menaçantdéjà de tomber en ruines et rendu insupportable parl’avidité, l’ignorante et brutale inorgue des hommesqu’il avait fallu employer à ces gouvernemens impro-visés. Il vit l’élite de la société italienne rampant basse-ment sous les agens français , faisant sa cour à nos sol-dats parvenus, bien que les appréciant ce qu’ils va-laient, et toute celte race abâtardie s’épuisant en dé-monstrations républicaines, méprisée de ses maîtres, selaissant dépouiller, mettre à nu par des commis, desvalets d’armée, des fournisseurs qui, prévoyant nosprochains revers, se faisaient auprès des généraux unmérite d’emporter tout ce qui ne pouvait se détruire.On ne saurait nier que ce ne fût là l’état de l’Italie aprèsle premier départ de Bonaparte, et que les plus hon-teux désordres, le plus effréné pillage n’y déshonorassentavec impunité la domination française. La guerre qui s’étaitdéclarée entre les commissaires du gouvernement et lescommandans militaires, avait rendu toute discipline,toute administration régulière impossible , et il n’y avaitsi bas agent qui ne se crût autorisé à imiter Bonaparte