l6 ESSAI SDK LA VIE ET LES ÉCRITS
lieureux Calabrais lui paraissaient tout-à-fait dans leurdroit quand ils nous assassinaient en embuscade, et il nepouvait sans horreur les voir massacrer au nom du droitdes gens par nos professeurs de tactique.
Ce débonnaire et nonchalant mépris du danger étaitchose plus rare aux armées que la bouillante valeur quiemportait des redoutes. C’était une bravoure à part.Courier la portait dans l’esprit, non dans le sang, etcomme elle n’allait point sans quelque mélange d’insub-ordination , elle ne devait guère plus sûrement le me-ner au bâton de maréchal que le Pamphlet des pamphletsà l’Académie. Aussi n’avançait-il qu’en science, et n’était-il récompensé que par la science des dangers qu’il étaitvenu chercher. Il aimait à raconter qu’un jour les douzeou quinze volumes qu’il portait toujours avec lui, ayantété enlevés par les hussards deWurmser, l’officier com-mandant le détachement les lui avait renvoyés avec unelettre fort aimable. Cette politesse extrêmement remar-quable de la part d’un ennemi dans une guerre qui sefaisait sans courtoisie, souvent même sans humanité, luiparaissait une exception très flatteuse et faite unique-ment pour lui, car nul autre n’eût été capable de lamériter par la perte d’un tel bagage. Moins heureuxdans sa prédilection de savant pour le séjour de Rome,Courier faillit y être mis en pièces lorsque les Françaisfurent obligés de l’abandonner. Il faisait partie de la di-vision que Macdonald, en marchant vers la Trébia, avaitlaissée dans Rome. Cette division capitula, et dut êtreembarquée et transportée en France. Courier voulutdire un dernier adieu à la bibliothèque du Vatican ; iloublia l’heure marquée pour le départ de la division, et