34 ESSAI SUR LA VIE ET LES ÉCRITS
que de ne pas laisser parler Courier toutes les fois qu’onest de son avis sur lui-même. On accepte bien ungrand capitaine ou un politique fameux pour histo-rien de ses propres actions ; on trouve même qu’il esttrop peu de tels historiens ; que le plus capable de fairede grandes choses est aussi le plus capable d’en bienparler. Pourquoi un grand écrivain ne serait-il pas aussiquelquefois le meilleur commentateur de ses propresouvrages ? Courier, par exemple, l’homme de son tempsqui sut le mieux l’histoire de notre langue, le seul quiait possédé le génie particulier de chacun des âges decette langue, quel serait aujourd’hui le critiqu e compétentà le juger sur toutes ses parties d’écrivain ? Boileau, legrand critique du XVIP siècle , n’osa point parler de LaFontaine; Voltaire en déraisonna , et, jusqu’à ces der-niers temps, c’est-à-dire jusqu’à Paul Courier, le bon-homme, dont Molière seul comprit la supériorité, n'avaitpeut-être rencontré ni biographe, ni commentateur quien sût assez pour parler de lui.
Entre la dernière Lettre au Censeur , et le Simple dis-cours sur la souscription pour Chambord, il y eut uuimmense progrès dans la réputation de Courier; cepen-dant le talent est le même dans ces deux opuscules.Tout l’avantage du Simple discours est djtns l’à-propos ,aussi heureux que hardi, de ce fer chaud appliqué surl’épaule des courtisans dans le temps même où ils s’agi-taient pour donner à un tribut imposé ^la faiblesse debeaucoup de gens la couleur d’une amoureuse offrandenationale. Courier fut condamné pour cette brochure àdeux mois de prison et à trois cents francs d’amende.On trouva qu’en disant tout haut : Je ne souscrirai point