38 KSSAI SUR LA VIE ET LES ÉCRITS
« risien est mise en face de celle d’un baronnet anglais ;« l’un prétend flétrir, l’autre glorifier l’auteur du titre de« pamphlétaire ; et des débats sortent une foule de ces« bonnes vérités qui vont à. leur adresse. » Voilà bienl’esquisse décolorée, ou si l’on veut, tout simplementla donnée du Pamphlet des Pamphlets. Mais ici le bio-graphe anonyme laisse trop à dire sur ce magnifique dis-cours dont la lecture doit rendre à jamais déplorable lafin prématurée de Courier. Tout ce qu’il avait produitjusque-là, parfait à beaucoup d’égards, n’était point sansdéplaire à quelques lecteurs par le retour fréquent desmêmes formes, par le suranné d’expressions qui mon-trent la recherche et n’ajoutent pas toujours au sens, parle maniéré de cette naïveté villageoise, un peu trop ingé-nieuse, qui va se transformant à travers les combinaisonsde raisonnement les plus déliées, du paysan au savant etdu soldat au philosophe. En un mot, l’art du monde leplus raffiné semblait embarrassé de lui-même. Ce pam-phlétaire , qui ne se gênait d’aucune vérité périlleuseà dire, hésitait sur un mot, sur une virgule, se mon-trait timide à toute façon de parler qui n’était pas de lalangue de ses auteurs. Le Pamphlet des Pamphletsmontra le talent de Courier arrivé à ce période de puis-sance où l’écrivain n’imite plus personne et prétendservir d’exemple à son tour. On peut voir dans sa cor-respondance avec madame Courier la confiance luivenant avec ses succès. D’abord il s’étonne , il s’effraiepresque de sa célébrité si rapide, il la comprend à peine.N’ayant eu jusque-là de l’esprit que pour lui et pourquelques amis , il semble ne pouvoir se reconnaîtredans l’écrivain qui fait la curiosité des salons et que les