LETTRES
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autrefois réservée à nobles limiers) est devenueplus âpre encore, depuis que tous y peuvent pré-tendre, et ne donne pas peu d’affaires au gouver-nement. Quelque multiplié que paraisse aujour-d’hui le nombre des emplois, qui ne se compareplus qu’aux étoiles du ciel et aux sables de lamer, il n’a pourtant nulle proportion avec celuides demandeurs, et on est loin de pouvoir con-tenter tout le monde. Suivant un calcul modéréde M. Bujault, il y a maintenant en France, pourchaque place, dix aspirans, ce qui, en suppo-sant seulement deux cent mille emplois, fait uneffectif de deux millions de solliciteurs actuelle-ment dans les antichambres, le chapeau dans lamain , se tenant sur leurs membres , comme ditun poète’: accordons qu’ils ne fassent nul mal( ainsi la charité nous oblige à le croire ), ils pour-raient faire quelque bien, et par une honnêteindustrie fuir les tentations du malin. C’est ceque voudrait M. Bujault, et qu’il n’obtiendrapas, selon toute apparence : l’esprit du siècle s’yoppose. Chacun maintenant cherche à se placer,ou, s’il est placé, à se pousser. On veut être quel-que chose. Dès qu’un jeune homme sait faire larévérence, riche ou non, peu importe, il se metsur les rangs; il demande des gages , en tirant Tinpied derrière l’autre: cela s’appelle se présenter;
Régnier, Satires.