Alf RÉDACTEUR DU CENSEUR. 83
peu, et il croit qu’on l’écoute. En un mot, lepeuple est toujours priant et croyant. Croire etprier, c’est son état, sa façon d’être de tout temps ;et le journaliste, homme d’esprit, ne peut avoireu d’autre idée. C’est ainsi qu’ils expliquent etcommentent ce passage. Doctement!
Mais je dis : le peuple croît ( avec un accentcirconflexe ). Il croît à vue d’oeil, comme le fils deGarguantua, et paie. Ce sont deux vérités que lejournaliste, en ce peu de mots, a heureusementexprimées. Le peuple croît et multiplie; se peut-ilautrement? tout le monde se marie. Les jeunesgens prennent femme dès qu’ils pensent savoirce que c’est qu’une femme. Peu font vœu dechasteté, parce qu’un pareil vœu sent le libertinage; ou plutôt, on sait aujourd’hui qu’il n’y ade chasteté que dans le mariage. Aussi les fillesn’attendent guère. Autrefois, dans ce pays , unemariée de village avait rarement moins de trenteou trente-cinq ans. A cet âge maintenant ellessont toutes grand’mères, et fort éloignées de s’enplaindre. On ne craint plus d’avoir des enfans ,depuis qu’on a de quoi les élever, et même dequoi les racheter quand le gouvernement s’enempare. Chaque paysan presque possède ce quenous appelons goulée de benace , un ou deux ar-pens de terre en huit ou dix morceaux, qui, la-bourés , retournés, travaillés sans relâche, fontvivre la famille. C’est un grand mal que cela. Mais