AU RÉDACTEUR DU CENSEUR. I I 5
pour charmer l’oreille d’un préfet, ou porter lecœur d’un ministre à prendre pitié de son pays,
Vous serez étonné, quand vous serez au bout,
De ne leur avoir rien persuadé du tout.
Pas un seul ne vous écoutera; vous verrez la droitebâiller, le ministère se moucher, le ventre allerà ses affaires. Mais que Foy, dans ce moment deverve applaudi de toute la France , prélude uneespèce d’apostrophe, sans autrement, peut-être ,y penser, on dresse l’oreille aussitôt, l’alarme estau camp, les muets parlent, tout s’émeut ; et, s’ileût continué sur ce ton (mais il aima mieux rendrehommage aux classes élevées), s’il eût pu soutenirce style, la scène changeait; M. Pasquier , surpriscomme un fondeur de cloches, eût remis ses loisdans sa poche; et moi, petit propriétaire, ici jetaillerais ma vigne, sans crainte des honnêtesgens.O puissance de l’apostrophe !
C’est, comme vous savez, une figure au moyende laquelle on a trouvé le secret de parler auxgens qui ne sont pas là , de lier conversation avectoute la nature, interroger au loin les morts etles vivans. Ou ma tous en Marathôni , s’écrieDémosthène en fureur. Cet ou ma tous est d’unegrande force , et Foy l’eût pu traduire ainsi : Non,par les morts de Waterloo , qui tombèrent avecla patrie; non, par nos blessures d’Austerlitz etde Marengo, non jamais de tels misérables.