LETTRES PARTICULIÈRES. 1 6 j
vivent avec nous; ils logent avec nous; ils nousmènent à vêpres. — En vérité? Cependant tu doissavoir, mon cher, si ton capitaine te veut dubien. — Notre capitaine n’a pas rejoint; nous nel’avons jamais vu. Il prêche les missions dans lemidi.—Bon! Mais ton colonel? — Oh! celui-là,nous l’aimons tous. C’est un joli garçon, bientourné, fait à peindre, bel homme en uniforme,jeune; il est né peu de temps avant l’émigration.— Dis-moi: il a servi? — Oh! offi; en Angleterreil a servi la messe; et il y paraît bien , car il aimetoujours l’Angleterre et la messe.
A ce que je puis voir, tu ne te soucies pointde rester au régiment, de suivre jusqu’au boutla carrière militaire.— Où me mènerait-elle?Sergent après vingt-ans, la belle perspective! —Mais, par la loi Gouvion, ne peux-tu pas aussidevenir officier? • Ah! officier de fortune! Sivous saviez ce que c’est ! J’aime mieux laboureret mener bien ma charrue, que d’être ici lieute-nant malmené par les nobles. Adieu, bonhommePaul; la retraite m’appelle. Au revoir, mon bon-homme.— Au revoir, mon ami.
A quatre pas de là, je trouve le seigneur dufief de Haubert, et je lui dis : Mon gentilhomme ,vous n’aurez jamais ces gens-là.—Pourquoi, s’ilvous plaît? — C’est qu’ils ont tâté de l’avance-ment. Vous voulez toutes les places, mais surtoutvous voulez toutes les places d’officier, et vous