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PROCÈS
de M. l’avocat du roi, qui me nomme ici libel-liste, homme avide de gain, spéculateur d’injureet de diffamation, vous avez pu juger combien ilest plus facile d’accumuler dans un discours cestraits de la haute éloquence, que d’appliquer àchaque chose le ton , le style, le langage qui con-viennent exactement.
Je crus donc avoir failli, messieurs, et ne m’enétonnais en aucune façon. Il m’est rarement ar-rivé, dans ma vie, de lire une page dont je fussesatisfait, bien moins encore d’écrire sans faute.Mais en examinant ceci attentivement, avec desgens qui n'ont nulle envie de me flatter, consi-dérant le tout, et chaque phrase à part, chaquemot, chaque syllabe, je vous dis la pure vérité :nous n’y avons trouvé à reprendre qu’une seulechose, mais grave et fâcheuse vraiment pour l’au-teur, une chose dontM. le procureur du roi nes’est point avisé; c’est que cet écrit n’apprendrien : dans les passages inculpés, ni dans le restede l’ouvrage, il n’y a rien de nouveau, rien quin’ait été dit et redit mille fois. En effet, qu’yvoit-on ? les vices de la cour, les bassesses, la lâ-cheté, l’hypocrisie, l’avidité, la corruption descourtisans. À proprement parler, l’auteur de cepamphlet est un homme qui crie : Venez, accou-rez, voyez la malice des singes, le venin des rep-tiles et la rapacité des animaux de proie : j’ai dé-couvert tout cela. Que sa naïveté vous amuse un