PROCÈS
2 7 a
pour le prouver il m’a fallu leur dire les mœursdu temps passé. J’ai cru faire merveille d’userdes termes mêmes de tant d’auteurs qui nous ontlaissé des Mémoires; puis il se trouve que cestermes choquent le procureur du roi , qui lesapprouve dans mes auteurs, et les poursuit par-tout ailleurs. Pouvais-je deviner cela, prévoir ,me douter seulement que des traits délicieux,divins, venant d’une marquise de Sévigné, d’unemademoiselle de Montpensier, ou d’une prin-cesse de Conti, répétés par moi, feraient hor-reur, et que les propres mots de ces femmescélèbres, loués, admirés dans leurs écrits, dansles miens, seraient des attentats contre la décencepublique !
Oh! que vous serez bien surpris, bonnes gensdu pays, mes voisins, mes amis, quand vous sau-rez que notre morale, à Paris, passe pour dés-honnête; que ces mêmes discours, qui là-basvous semblaient austères, ici alarment la pudeur,et scandalisent les magistrats ! Quelle idée n’allez-vous pas prendre de la sévérité, de la pureté desmœurs dans cette capitale, où l’on met au rang desvauriens, on interroge sur la sellette l’hommequi chez vous parut juste, et dont la vie fut auvillage exemple de simplicité, de paix, de régu-larité. Tout de bon, messieurs, peut-on croireque cette accusation soit sérieuse? Le moyen dese l’imaginer? où trouver la moindre apparence,