ADRESSÉES A PAUL-LOUIS COURIER. 349
baisser les yeux et se taire. Mais le brait d'unacte si atroce s’étant promptement répandu,on essaya d’en jeter le soupçon sur quelque au-tre. Même un grand-vicaire à Grenoble, l’abbéBochard, prêcha un sermon tout exprès sur lesjugemens téméraires, disant : « Mes frères, pre-nez garde; tel peut vous paraître coupable, qui,par son devoir, est tenu, lui en dût-il coûter etl’honneur et la vie, de celer le crime d’autrui; etla malice d’autre part est si grande en ce siècle-ci,que, pour se laver, on ne feint point de calom-nier et de noircir les plus,gens de bien. » C’étaitle mari de cette femme qu’on indiquait par làcomme son vrai meurtrier, et le curé comme unmartyr du secret de la confession. Cette pieuseinvention, soutenue de toute la cabale dévote,aurait peut-être réussi et donné le change aupublic, sans le maire de Saint-Quentin, qui n’é-tant dévot ni dévoué, mais honnête homme seu-lement, par une information qu’il fit, força lajustice d’agir. Le curé ne fut pas arrêté, parceque le Seigneur a dit : Gardez de toucher à mesoints. Condamné comme contumace, il s’est re-tiré en Savoie, où maintenant il passe pour unsaint et fait des miracles. On vient à lui de lavallée, de la montagne, en pèlerinage; on ac-court, les femmes surtout, le voir, lui demandersa bénédiction. Cette main les bénit ; il leur tendcette main qu’elles baisent, femmes et filles, sans