368 gazette du village.
homme de bien.» Tout le monde aussitôt: «C’estun homme de bien , il lui faut un traitement.»L’affaire allait passer à l’unanimité. Louis Bour-negal se lève : «Ce que j’ai dit est dit, je ne m’endédis pas. Le curé se mêle de tout, il veut toutgouverner; il nous fait enrager, partant point detraitement.» De tous côtés: «Point de traitement.»On va aux voix; refusé. Il tonne fort d’en hautsur la pauvre commune.
— Vendredi dernier les gendarmes , en pas-sant , mirent pied à terre à l’auberge chez JeanRicaut. Nos déserteurs, cachés dans différentesmaisons, car on les plaint, le monde les recueillevolontiers, prirent peur et s’enfuirent, les unsgagnant le bois , les autres traversant la rivièreà la nage. Tous se sauvèrent, excepté UrbainChevrier. Urbain, depuis peu revenu , ayant faitson temps de conscrit, quand il se vit rappelépar la nouvelle loi, en eut tant de chagrin , qu’ilsemblait ne connaître plus parens ni amis, tou-jours seul et pensif. A la rumeur que fit l’arrivéedes gendarmes, lui comme hors de sens et déjà secroyant pris, s’en va tête baissée se jeter dans sonpuits, d’où on l’a retiré mort. Six semaines aupa-ravant il s’était marié avec Rose Deschamps. Ja-mais noce ne fut si joyeuse , jamais gens si heu-reux , de long-temps s’entr’aimant, s’étant promisd’enfance. Leur aise a duré peu. La pauvre veuveest grosse et fait pitié à voir.