4 I 8 PAMPHLET DES PAMPHLETS.
jurés,, qui s’en allait dîner, m’ayant déclaré cou-pable. Je le saluai; il m’accueillit, car c’est lemeilleur homme du monde, et chemin faisant,je le priai de me vouloir dire ce qui lui semblaità reprendre dans le Simple Discours condamné.Je ne l’ai point lu, me dit-il; mais c’est un pam-phlet, cela me suffit. Alors je lui demandai ceque c’était qu’un pamphlet, et le sens de ce motqui, sans m’être nouveau, avait besoin pourmoi de quelque explication. C’est, répondit-il,un écrit de peu de pages comme le vôtre, d’unefeuille ou deux seulement. De trois feuilles, re-pris-je, serait-ce encore un pamphlet? Peut-être,me dit-il, dans l’acception commune; mais pro-prement parlant, le pamphlet n’a qu’une feuilleseule; deux ou plus font une brochure. Et dixfeuilles? quinze feuilles? vingt feuilles? Font unvolume, dit-il, un ouvrage.
Moi, là-dessus, monsieur, je m’en rapporte àvous qui devez savoir ces choses. Mais hélas! j’aibien peur d’avoir fait en effet un pamphlet,comme dit le procureur du roi. Sur votre hon-neur et conscience, puisque vous êtes juré,M. Arthus Bertrand, mon écrit d’une feuille etdemie est-ce pamphlet ou brochure? Pamphlet,me dit-il, pamphlet sans nulle difficulté. Je suisdonc pamphlétaire? Je ne vous l’eusse pas ditpar égard, ménagement, compassion du mal-heur ; mais c’est la vérité. Au reste, ajouta-t-il,