Band 
Tome premier.
Seite
424
JPEG-Download
 

[\ll\ PAMPHLET DES PAMPHLETS.

vèrent grâce à peine; je fus blâmé des juges.Dans tout ce qui s’imprime il y a du poison plusou moins délayé selon l’étendue de l’ouvrage,plus ou moins malfaisant, mortel. De Xacétate demorphine , un grain dans une cuve se perd, n’estpoint senti, dans une tasse fait vomir, en unecuillerée tue, et voilà le pamphlet.

Mais, d’autre part, mon bon ami sir JohnBickerstaff, écuyer, m’écrit ce que je vais tout-à-l’heure vous traduire. Singulier homme, philo'sophe, lettré autant qu’on saurait être, grandpartisan de la réforme, non parlementaire seule-ment, mais universelle, il veut refaire tous lesgouvernemens de l’Europe, dont le meilleur,dit-il, ne vaut rien. Il jouit dans son pays d’unefortune honnête. Sa terre n’a d’étendue que dixlieues en tous sens, un revenu de deux ou troismillions au plus; mais il s’en contente et vivaitdans cette douce médiocrité, quand les minis-tres le voyant homme à la main, d’humeur facile,comme sont les savans, comme était Newton,le firent entrer au parlement. Il n’y fut pas, quevoilà qu’il tonne, tempête contre les dépenses dela cour, la corruption, les sinécures. On crutqu’il en voulait sa part, et les ministres lui offri-rent une place qu’il accepta, et une somme qu’iltoucha, proportionnée à sa fortune, selon l’u-sage des gouvernails de donner plus à qui plusa. Nanti de ces deniers, il retourne à sa terre,,