3‘1 LETTRES INÉDITES,
sent on détruit jusqu’aux ruines. On s’y rendaitautrefois, comme vous savez , de tous les paysdu monde. Combien d’étrangers qui n’y étaientvenus que pour un hiver, y ont passé toute leurvie ! Maintenant il n’y reste que ceux qui n’ontpu fuir, ou qui, le poignard à la main, cher-chent encore, dans les haillons d’un peuple mou-rant de faim , quelque pièce échappée à tantd’extorsions et de rapines. Les détails ne fini-raient pas, et d’ailleurs, dans plus d’un sens, il nefaut pas tout vous dire. Mais par le coin du ta-bleau dont je vous crayonne un trait, vous juge-rez aisément du reste.
Le pain n’est plus au rang des choses qui sevendent ici. Chacun garde pour soi ce qu’il enpeut avoir au péril de sa vie. Vous savez le motpanent et circenses : ils se passent aujourd’hui detous les deux et de bien d’autres choses. Touthomme qui n’est ni commissaire, ni général, nivalet ou courtisan des uns ou des autres, ne peutmanger un œuf. Toutes les denrées les plus néces-saires à la vie sont également inaccessibles auxRomains, tandis que plusieurs Français, non desplus huppés, tiennent table ouverte à tous venans.Allez ! nous vengeons bien /’univers vaincu !
Les monumens de Rome ne sont guère mieuxtraités que le peuple. La colonne Trajane est ce-pendant à peu près telle que vous l’avez vue, etnos curieux, qui n’estiment que ce qu’on peut