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Tome troisième.
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I 40 LETTRES IN É I> I TES ,

que de penser à cinq cents lieues qui nous sépa-rent, deux longues, longues années écouléessans vous voir, et combien encore à passer de lamême manière. Ces idées-là ne me quittent point,et me donnent une physionomie de misanthropieet repentir. Jeux innocens, petits bals, et soiréesdu jardin, qu’êtes-vous devenus? Non, je ne suisplus le cousin qui vous amusait ; ce n’est plus letemps de don Bedaine, de madame Ventre-à-terre et de la Dame empaillée. En me voyant main-tenant, vous ne me reconnaîtriez pas, et vous de-manderiez encore : Où est le coustn qui rit? Voilàce que c’est de s’éloigner de vous. On s’ennuie, ondevient maussade, on vieillit d’un siècle par an.Pour être heureux, il faut ou ne vous pas connaî-tre, ou ne vous jamais quitter.

Je n’ai guère bâillé près de vous, ni vous avecmoi, ce me semble, si ce n’est peut-être en fa-mille aux visites de nos chers parens; eh bien,depuis que je ne vous vois plus, je bâille du ma-tin au soir. La nature, vous le savez, m’a douéd’un organe favorable à cet exercice; je bâille envérité comme un coffre (mieux dit, m’est avisque ce qu’on dit) ; vous, à cause de mon absence,là-bas, vous devez bâiller aussi, comme une pe-tite tabatière. Quelle différence entre nous! vousn’oseriez assurément vous comparer, vous mesu-rer.Bêtise, oui bêtise, j’en demeure d’accord,

c’est du style à deux liards.