CORRESPONDANCE
A MADAME COURIER.
I.uynes, le 14 juin i8i5.
Je vins ici avant-hier; le bien de Bourgueil estvendu. On m’assure que c’eût été pour moi unemauvaise acquisition. Je le crois, et je me console;c’est le meilleur parti, et puis, ils sont trop verts.Je demande à tout le monde de l’argent; personnene m’en veut donner. Bidaut 1 se moque de moi ;quand je lui parle d’affaires, il me parle politi-que. C’est la scène de M. Dimanche. Je n’ose luirompre en visière, parce que je suis dans sesgriffes; mais je tâche de m’en tirer tout douce-ment. Quel malheur de ne rien entendre à cechien de grimoire! Je voudrais, comme M. Jour-dain, avoir le fouet devant tout le monde, etsavoir non pas le latin, mais quelque peu de chi-cane, assez pour ma provision.
Je ne m’ennuie point; Plutarque m’est d’ungrand secours pour passer le temps; je seraisheureux si je t’avais; mais en bonne foi, je necrois pas que tu puisses, dans un pays tel quecelui-ci, être une semaine sans mourir. Il estvrai que tu t’occuperais. Enfin nous verrons
Notaire de Tours.