CHEZ LA COMTESSE d’aLBANY. 297
doute même s’il y a un art de faire la guerre?—Comment?—Demandez-lui plutôt. Et le voyantsourire : — Mais, dit-elle, il y en a tant de li-vres. — Oh! il ÿ a, dit-il, des livres de théo-logie, et même des livres de magie. Cependantje ne crois pas plus à l’une qu’à l’autre. — Etqu’est-ce donc que la tactique, la fortification,la castramétation ? — Que je meure si j’en saisrien! — Oh bien! je le sais, moi, et je m’en vaisvous le dire, dit madame d’Àlbany. La tactique,c’est l’art de ranger des soldats selon certainesrègles, pour donner des batailles. En un mot,c’est l’art de se battre. — Et sans cet art, dit-il, onne se battrait point? Oh! la bonnescience! ajou-ta-t-il , et bien nécessaire ! car comment ferions-nous, je vous prie, pour nous entre-tuer, si degrands hommes ne nous en montraient la mé-thode?— Tout ce qu’il vous plaira; mais elleexiste enfin cette méthode, cette science, vousne le sauriez nier. — Ecoutez, dit-il : je veuxcroire, puisque tout le monde l’assure, qu’il y aun art de la guerre; mais vous m’avouerez quec’est le seul qui ne demande point d’apprentis-sage. C’est le seul art qu’on sache sans l’avoirappris. Dans les autres, il faut de l’étude et dutemps : on commence par être écolier; mais danscelui-ci on est d’abord maître, et pour peu qu’ony apporte des dispositions, on fait son chef-d’œu-vre en même temps que son coup d’essai. Ex-