CHEZ LA COMTESSE d’aLBANT. ?)ü5
vaincu par adresse, par ruse, par force ou parhasard, lui livre le prix. Tous ses compagnonssont ses instrumens, agissent par lui et pourlui, confondent leur gloire dans la sienne. Mais ,pour un artiste, autant de camarades, autant derivaux qu’il doit combattre tous ensemble etséparément, à armes égales, sans fraude, sanssupercherie, et s’il sort vainqueur de cette lutte,il n’a encore rien fait; on lui oppose les anciens,toujours présens et vivans dans leurs ouvrages,pour lui disputer la palme avec tout l’avantageque donne une gloire établie. Car enfin , une ba-taille ne se rapproche point d’une bataille. Lesvictoires passées ne font nul tort à celles d’au-jourd’hui; au contraire, la dernière efface tou-jours toutes les autres: Pharsale fait oublier Ar-belles, et au jour de Cerisoles on ne se souvientplus de Marignan. Mais, que C.anova envoie unefigure à Paris, elle y trouve l’Apollon, le Lao-coon, le Gladiateur. Sa besogne est mise à côtéde celle d’Agathias, mort il y a deux mille ans ;et chacun peut, d’un coup d’œil, juger qui desdeux a mieux fait. Non seulement ses contempo-rains, mais tous les siècles passés lui disputent letriomphe. — En vérité, dit la comtesse, je ne saispas s’il impose ; mais il parle sur la chose commes’il avait raison. Qu’en pensez-vous? me dit-elle.— Moi ? madame, je vois que le monde est biensot d’honorer tous ces gens qui gagnent des ba-
IV.
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