DE LA VERSIFICATION FRANÇAISE,
a tant tle nuances ; ensuite, parce qu'il n’est pas de faiseurde vers qui ne sache les belles odes de Rousseau et de quel-ques autres poètes lyriques.
Quatre vers formant un seul couplet prennent le nom dequatrain ; on les dispose comme on veut, soit en rimes plates,soit en rimes croisées. La fantaisie du poète, son goût et sonoreille sont ici les seuls juges à consulter. Les maximes,les inscriptions, les impromptus sont presque toujours desquatrains.
Six vers disposés de même à volonté forment un sixain :ils forment un huitain ou un dizain , s’ils sont au nombre dehuit ou dix.
Quand je dis à volonté, c’est toujours dans la suppositionqu’ou n’accolera jamais ensemble deux vers masculins oudeux vers féminins qui ne riment point.
Le meilleur quatrain que l’on puisse citer pour exempleest celui-ci, fait pour répondre à cette question si communeet si peu résolue: Qti* est-ce que Dieu?
Loin de rien décider sar cet Être suprême §
Gardons en l’adorant an silence profond.
Le mystère est immense, et l’esprit s’y confond IPour dire ce qu’il est » il faut être lui-même.
Le quatrain, le sixain, le huitain, le dizain, font souvent àeux seuls une pièce de vers, et ils prennent lenom du genreauquel appartient le sujet : êpigramme , épitaphe , madrigal^etc. On ne les désigne sous la dénomination de stancesqu’autant qu’ils sont en certain nombre sur la même mesure,et rattachés par le sujet, comme par un fil, au plan généralde l’ouvrage.
L 'églogue n’est point liée par un genre déterminé deversification. Ordinairement on l’écrit en vers alexandrins à
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Et n'aime point l’orgueil d'un tef* présomptueux,-.
Il faut que sa douceur flatte, chatouille, éveille,
Et jamais de grands mots n’épouvante l'oreille.
Mais souvent dans ce style un rimeur aux aboliJette là , de dépit, la flûte et le hautbois ;
Et follemeut pompeux dans sa veine indiscrète*.
Au milieu d’une eglogue entonne la trompette.
Le peur de l’écouter, Pan fuit dans les roseaux *
Et les nymphes , d’effrci* se cachent sous les eafzx*
Ce que l’on peut dire de mieux sur Y élégie se trouve an*core dans Boileau » législateur et modèle du Parnasse frap-pais :
La plaintive élegie, en longs habits de deuil.
Sait, les cheveux épars, gémir sar au cercueil)
Elle peint des amants la joie et la tristesse,
Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse#
Mais pour bien exprimer ces caprices heureux 4C'est peu d’être poète, il faut être amoureux#
Tibulle et Properce l’étaient ; chez eux tout est sentiment -,mais la plupart de nos poètes ont mieux aimé imiter Ovide -,ils ont mieux aimé substituer l’imagination et l’esprit ansdoux épanchements de l'émc, à ces vers du cœur qui échap-paient si naturellement à Racine :
Je ne l*ai point encore embrassé d’anjoard’haLEt quelquefois aussi parle-lui de sa mère.
Si je la baissais , je ne la fuirais pas.
Et je cherche un ami qui me parle da cœar.
Voilà le vrai ton des vers élégiaques. la Fontaine noita laissé en ce genre un bel exemple de reconnaissance et dopoésie dans son élegie sur l’emprisonnement de M. Fouquct..Sans sa longueur , j’aimerais à la placer ici; mais, obligérimes plates, deux masculins et deux féminins. Ce qui la, ( | e me resserrer dans les bornes de mon sujet, je ne puiscaractérise , c’est la nature même de ses sujets , qui tousl^^ e fQ eurcr chaque partie.
doivent être pris dans la vie champêtre : ce sont des entretiensI La saüre a , r 0 [,j et j e s ; glia ],. r ] e v j ce , d’arracher 13entre des bergers,le tableau de leurs mœurs, de leurs jeux, j ue au vicieuX)dc frapper de son fouet la fatuité commade leurs amours , le récit de leurs voyages , de leurs aven- | a sot[ j se ; d’arrêter par-là les progrès de la corruption dutures , de leurs disputes, etc. Igoi’it et des mœurs.
Mais il est nécessaire que tout cela se peigne en beau. Ce| jpj[ e s’écrit ordinairement en grands vers et à rimes plates,n’est pas la nature simplement qu’il faut rendre , e’est la Tt . |)es sont les satires de Boileau , qui dispensent d’en citerbelle nature, celle qui est dans l’imagination plus que daiisj ( p ml|rC5 .
la réalité. Il n’est permis qu’à Ronsard
De changer, sans respect de l’oreille et du son,Lycidas en Pierrot, et Pbilis en Toiuon.
Segrais, et après lai Fontcndle, ont fait des églogues :celles du premier sont pleines de naturel, d’images riantes ,de sensibilité; celles du second manquent de goût et deconvenance, parce qu’il a cherche à y mettre trop d’esprit.
L 'idylle, nommé ulylllc par quelques-uns de nos vieux qu’A pollon,auteurs, tient de près à Y églogue. L’une comme l’autre eslun petit poème dont les travaux et les amusements cham-pêtres sont l’objet. On peut dire seulement que Yéglogue veutplus d’action et de mouvement, Y idylle plus de récits et detableaux. La première met en scène les bergers ; la seconde,
«ans les montrer, détaille leurs sentiments, leurs pensées,leur morale, les réflexions que fait naître dans leur amel’aspect des campagnes; et si elle les met en contraste avecl’habitant des villes, c’est toujours pour faire mieux ressor-tir et sentir le bonheur de l’hoiume des champs.
Il y a des idylles en grands vers, il y en a en vers libreset à rimes croisées. Celles de madame Deshoulieres, surtoutcelles des Oiseaux, des Moutons et de YHiver, sont des mo-dèles dans cette dernière forme. Mais quelque mesure quel’on adopte, on doit, pour le style de l’idylle et de l’églogue,
■uivre ces préceptes de Boileau :
Voltaire a employé les vers alexandrins dans le Russe àParis; mais il a préféré pour le Pauvre Diable les vers desyllabes.
! La force et l’énergie semblent être le caractère principaldu vers satirique. X^a plaisanterie y est également à sa place.C’est dans ce petit poème surtout que l’on doit mêler ridi-cidum acri.
Le sonnet. De toutes les petites pièces de vers, celle-ci estla plus difficile. Boileau ne le dissimule pas; il prétend
Telle qu’une bergère au plus beau jour de fêteLe superbes rubis ne charge point sa tèle,
Kt sans .nrlcr à l’or IVcîat des diamants .
Cueille rn un champ voisin ses plus beaux ornements;Telle , aimable ru son aie, mais humble dans son style,Luit éclater sans pompe une élégante idylle :
Son ton simple et naïf n'a rien de fastueux,
Voulant pousser à bout tous les rimenrs franoois.Inventa du sonnet les rigoureuses lois;
Voulut qu’on deux quatrains de mesure pareilleLa riinc avec deux sous frappât huit fois l’oreille}I:t qu’ensuite six ver s , artislcinent rangés,l ussent en deux tercets par le sens partagés.Surtout de ce poème il bannit la licence;Lui-même en mesura le nombre et la cadence.Défendit qu’un vers faible y pût jamais entrer,
Ni qu'un mot déjà mis osât s’y remontrer.
Du reste, il l'enrichit d’une beauté suprême tUn sonnet sans défaut vaut seul un long poème»
Vous voyez que quatorze vers le composent, qu’il* •* di-visent en deux quatrains et deux tercets, et qti. les deuxquatrains doivent être sur les deux mêmes rime» masculineset féminines, placées d’abord dans l’un et l’autre au gré d*poète, mais croisées et rangées ensuite de la même manièredans le p-emier et dans le second. La rime des tercets n’ertsoumise qu’à la règle ordinaire de ne pas mettre ensembledeux vers masculins ou féminins de consonnances di 1 fe—renies.
Lue observation imporUpte, qui s’applique anx tercet*comme aux quatrains, c’est qu’après chacun d’euz le poète