D’un autre côté, il est difficile de croire qu’il s’agisse de quelque athlète nommé Arion, vainqueur dans le stade voisin de l’édifice. Aurait-on élevé un temple à un athlète? Les tombeaux n’ont point cette forme , même quand ils renferment des hommes d’un rang distingué 7.Les temples sont réservés aux dieux et aux personnages héroïques.
Que faut-il donc voir dans le monument qui nous occupe ? Assurément un édifice construit sur un emplacement consacré du temps de lafondation de Messène parÉpaminondas, et peut-être même avant; car il se trouve en dehors de l’alignement des murailles de la ville, qui ontdû suivre ses contours pour le renfermer dans leur enceinte. Des différents temples de Messène dont parle Pausanias 7 8 9 , sans désigner leurposition, il n’en est aucun qui paraisse avoir eu des dimensions assez restreintes pour qu’on puisse le placer ici. Mais après avoir parlé desdifférentes statues existant dans le gymnase de Messène , auquel probablement appartenait le stade, il nous apprend que là aussi se trouvait lemonument d’Aristomène , xal ÀpwrofzÉvouç tvrtvfi e<mv èvrauSa 9. Il ajoute même que les ossements de ce héros, rapportés, par ordre de l’oraclede Delphes, de Rhodes où il était mort IO , étaient renfermes dans ce lieu. 11 est bien vrai que, d’après ce qu’il ajoute ensuite, ce monument nedevait être autre chose de son temps qu’un tombeau, Tcépoç, surmonté d’une colonne, juwv. Mais n’a-t-il pas pu se faire que, peu après lui, unpetit temple ait été élevé sur l’emplacement occupé par ce tombeau. La colonne qui le surmontait et à laquelle on attachait le taureau sau-vage qui devait etre sacrifie a Aristomene , pouvait avoir ete un jour, non pas ébranlée seulement, comme le désiraient les Messeniens 11 ,mais renversée à la suite de frequentes secousses. Cette circonstance aurait motivé la construction d’un monument plus digne du héros de laMessénie , pour lequel la vénération était si grande que ce fut surtout lui qu’on invoqua lors de la construction de Messène I2 . Et cela neserait pas sans exemple, Pausanias nous dit lui-même que sur le tombeau de Castor on avait élevé un temple, et c’est aussi un temple qui,suivant cet auteur, passait à Élis pour le monument sépulcral d’Oxylus l3 .
Cette conjecture reçoit une certaine probabilité du témoignage de M. Blouet, qui reconnaît dans le monument tous les caractères de l’artgrec , mais n’y voit rien qui s’oppose à ce qu’on le regarde comme de l’époque romaine. Restera toujours à expliquer l’inscription de cetemple; et, s’il est prouvé qu’on ne peut guère y voir une inscription funéraire, peut-être en la supposant plus étendue d’un mot, et rienne contredit cette supposition, pourrait-on lire :
Àpftov Xa.àveÔioxev.
Arion , fils de Cha ..., a élevé ( ce temple),
et alors Arion serait le nom de l’architecte qui a bâti le temple. J’avoue que ce nom paraîtrait ici pour la première fois, et qu’il ne figure ni dansFélibien 15 , ni dans le catalogue de Junius 16 , nidansceluide Sillig *7. Mais ce ne serait pas une raison suffisante pour rejeter cette supposition.Ces catalogues, quelque complets qu’ils soient, tendent à s’accroître à mesure que la terre nous rend les trésors de l’antiquité qu’elle tenaitenfouis dans son sein.
On rencontre assez souvent sur les monuments des inscriptions qui rappellent le nom de celui qui les a construits. Nous en trouvons unexemple, entre tant d’autres l8 , dans l’inscription gravée sur le linteau d’une niche de la porte de Messène qui conduisait à Mégalopolis, etdont nous aurons plus tard occasion de parler.
7 Les tombeaux ont d’ordinaire, même dans leur plus grand développement,la forme d’une stèle ou d’une colonne. Voyez les tombeaux de Pompéi , celui deCécilia Métella , etc. La forme la plus riche et la plus complète de ce genre demonuments, les ædicules , est encore bien loin de celle du monument qui nousoccupe.
8 Le temple d’Ulithye, la chapelle des Curètes , les temples de Cérès, d’Es-culape de Messène et l’Hierothysium. Voy. Mc s s en. , ch. 3 i.
Ibid. , ch. 24.
" Ibid. , ch. 3 a.
11 Ibid. , ch. 27.
13 Lacon., ch. i 3 .
’ 4 XapiSvinou, XapiljÉvou , ou tout autre nom commençant par ja.
15 Recueil historique de la vie et des ouvrages des plus célèbres architectes.
18 Fr. Junii Catalogus Artificum. Roterod., 1694, fol.
17 Catalogus Artificum. Dresdæ etLipsiæ, 1827, in-8°.
,s Voyez Félibien , op. cit., pl. 26,41, 45 , 72,96 et 97. Cet usage se con-serva dans le moyen âge, témoin cette inscription de la cathédrale de Ferrare ,la plus ancienne inscription que l’on connaisse en langue italienne :
NELMILLECENTOTRENTACINQVENATO
FOQVESTOTEMPLOAZORZICONSACRATO
FON 1 COLAOSCOLTOREEGLIELMOFOLOTORE.
Suivent les planches 3o, 3i, 3a, 33 et 34.