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SUNIUM.
Sunium n’était pas compris dans les lieux célèbres que nous avions à explorer; nous devionsseulement nous borner à visiter tout le territoire rendu aux Grecs par notre armée expéditionnaire.L’Attique elle-même, encore occupée par les Turcs lors de notre séjour en Orient, ne pouvait êtresoumise à nos investigations, puisqu’un décret du sénat grec en interdisait l’approche à ses bâtiments.Cependant comment résister aux désirs de visiter une aussi belle ruine que celle qui décore simajestueusement l’extrémité sud de cette antique province? comment renoncer à la pensée de joindreaux nombreux matériaux que nous avions déjà recueillis, un travail sur ce beau monument? Il fallutdonc surmonter les difficultés qui se présentaient, et malgré la répugnance de notre capitaine grec,commandant la petite goélette que nous montions, à s’approcher du rivage, nous le forçâmes plusieursfois à mettre en panne : ce qui nous permit de rester en vue de la côte pendant tout le tempsnécessaire à l’exécution de nos opérations; quatorze heures avaient été employées pour franchirla distance qui sépare Milo de Sunium. L’embarcation qui nous conduisait à terre le soir et le matin(car il eût été très-imprudent de ne point rester à bord pendant la nuit), abordait sur la partie ouestde la côte, vers l’endroit où les terres s’abaissent presque au niveau de la mer, et, pendant nosdifférentes excursions, nous fûmes assez heureux pour qu’aucune ronde de soldats turcs chargés degarder cette côte ne vint interrompre nos explorations. Néanmoins, il faut le dire, cette nécessité denous tenir continuellement sur nos gardes, nous empêcha de nous avancer au delà du fond de labaie qui servait de port à l’ancien bourg de Sunium, et de pouvoir nous livrer avec sécurité à toutesles recherches que mérite le riche terrain qui avoisine ce célèbre promontoire. Cette circonstancenous oblige donc à renvoyer ceux de nos lecteurs qui voudraient étudier avec plus de détail cetteportion de l’Àttique, ainsi que celle que nous n’avons pu explorer, aux différents auteurs qui, plusfavorisés que nous, ont pu visiter cette terre si intéressante à une époque où les voyageurs laparcouraient sans danger. Parmi les ouvrages à consulter, nous citerons plus particulièrement celuide sir Edward Dodwell , dans lequel les parties historique et topographique de Sunium et de sesenvirons ont été traitées de la manière la plus complète.
Presque tous les auteurs anciens ont parlé du promontoire et du bourg de Sunium; mais lesrenseignements qu’ils donnent à cet égard sont si peu étendus, qu’ils 11’offrent que peu de secourspour expliquer ce que le temps a détruit et ce que le temps et les peuples ont épargné. Pausanias ,que nous avons presque toujours l’habitude de citer textuellement, ne dit que peu de mots surSunium : il paraît ne pas y avoir débarqué; seulement il aurait vu les ruines du temple en se dirigeantvers le Pirée \
Les voyageurs delà Guilletière, le Roi et Chandler 3 , quoique plus minutieux que les auteurs anciens,pour ce qui regarde le temple, sont encore bien avares des détails qui nous seraient si nécessaires,et c’est seulement à l’abbé Fourmont 3 , qui a précédé ces deux derniers, que nous devons les premiersdocuments sur les sculptures de ce beau temple dont nous allons bientôt nous occuper. Les deuxvoyageurs que nous citons plus haut, et qui ont écrit après lui, ont ajoute peu de chose a ce quilnous avait appris; et si, dans cette j^artie de leur narration concernant le temple, ils ne s accordentpas entièrement avec leurs deux prédécesseurs, ce n’est que sur le nombre toujours décroissant descolonnes qui doivent un jour disparaître entièrement.
Le promontoire de Sunium, appelé maintenant Cap Colonne, était sacré du temps d’Homère .Ménélas , à son retour de Troie, y fit inhumer son pilote Phrontis 4 . C’est une des plus belles positionsde la Grèce : dominant majestueusement la mer, il est escarpé de toutes parts, excepté du côté dester.res. Vers le nord-ouest se trouve la longue chaîne du Laurium, qui va se joindre à l’Hymette dansla direction de la campagne d’Athènes à (une dizaine de lieues de là.
1 Pausanias , liv. I, chap. i.
a üe ] a Guilletière Jthènes, anc. etmod. , liv. I, p. 86. — Le Roy, Mon. de la Grèce, cliap. XV, p. 17. —Chandler, Voy. en Grèce ,t. II, p. 291.
3 Fourmont (Journal manuscrit de la bibliothèque royale de Paris ).
4 Odyssée, 3 , v. 278.
iii.