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Troisième volume.
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La vue, dans cet endroit, est aussi belle qu’étendue; elle peut se prolonger vers la partie nord-estjusqu’à Eubée, aujourd’hui Négrepont; au sud-ouest jusqu’à Egine , et au sud-est jusqu’à plusieurs îlesdes Cyclades.

Ce promontoire est exposé, plus que tout autre endroit, à la violence des vents qui soufflent dansplusieurs directions : le mont Laurium lui donne même peu d’abri : il paraît très-dangereux pourles naufrages; on dit même qu’il était le refuge des pirates, Maniotes et Eubéens , qui de cet endroitdécouvraient les navires à une grande distance, ce qui leur permettait de les attaquer avec avantage.

La partie supérieure du promontoire de Sunium est couronnée par les restes d’un beau temple enmarbre blanc et de l’ordre dorique. Ce temple est construit sur une plate-forme soutenue, au nordet à l’ouest, par un mur de soutènement, composé d’assises en marbre blanc. Sur l’un des côtésde ce mur formant péribole, se trouvent les restes d’un petit temple également de l’ordre doriqueet en marbre blanc, que nous supposons avoir dû servir de propylées à cette enceinte. Yitrnve affirmeque le temple de Castor, dans le cirque de Flaminius, à Rome , ressemblait à celui de Minerve àSunium 1 . Comment n’a-t-il pas ajouté que celui de Thésée, à Athènes , était aussi un.de ceux quipouvaient le plus lui être comparés ?

Ce temple, d’après les auteurs anciens, parait avoir été consacré à Minerve, et portait le nom deMinerve Suniade, à cause du promontoire de Sunium sur lequel il est élevé : de ses péristyleslatéraux il n’en reste plus aujourd’hui que onze colonnes portant encore leur architrave; deux colonnessont au nord et neuf au sud. On trouve en outre dçux pilastres du pronaos dont un n’a plus quedeux assises, et au milieu sont deux colonnes dont une n’a qu’un seul tambour, ce qui fait en toutquinze colonnes, pilastres compris. Une grande partie des débris de ce temple couvre le sol, et c’està l’aide de ces restes précieux que nous avons essayé de faire une restitution de ce monument.

D’après les indications de l’abbé Fourmont 2 , nous aurions dû trouver, au milieu des décombresde ce temple, un bas-relief représentant «une femme assise avec un petit enfant qui, comme elle,lève les bras, et paraît regarder avec effroi un homme nu qui se précipite du haut d’un rocher. »Nous cherchâmes ce bas-relief qui aurait pu nous indiquer la destination à laquelle il avait dûappartenir : nous ne fûmes pas assez heureux pour le trouver : nous ne rencontrâmes qu’une grandequantité de morceaux de dalles en marbre blanc que leur largeur et leur épaisseur régulières ont dû faireprendre pendant longtemps pour des fragments de pavage; ces dalles ne sont autre chose que desbas-reliefs dans l’état le plus complet de dégradation. On remarque sur ces marbres quelques traces àpeine visibles d’ancienne sculpture; mais comme ils ne présentent plus maintenant que fort peu derelief, on n’est convaincu qu’ils étaient sculptés que par l’espèce de patine jaunâtre, recouvrant la partieunie de ces marbres, et par la blancheur éclatante de celle où se trouvait la sculpture. Il est à supposerque ces bas-reliefs furent tout aussi bien détruits par le temps que par ces voyageurs animés d’unzèle dangereux qui, tout en croyant prouver leur goût et leur amour pour les arts de l’antiquité,mutilent leurs plus beaux monuments afin de pouvoir en rapporter quelques fragments informes.Il paraît bien étonnant qu’à l’époque déjà assez ancienne où l’abbé Fourmont a vu ce temple(puisque c’était en 1730), il n’ait pas trouvé plusieurs de ces bas-reliefs dans un meilleur état deconservation : il parle seulement d’un bas-relief qui déjà était informe, et il se tait sur ceux que nousavons observés; parce que probablement alors, comme maintenant, ils étaient trop peu reconnaissablespour fixer son attention.

MM. les architectes anglais, envoyés en Grèce par la société des dilettanti de Londres , pour mesurerles antiquités inédites de lÀttique 3 , ont fait des travaux spéciaux sur ce temple, sans faire mention, nidu bas-relief trouvé par l’abbé Fourmont, ni de ceux dont nous venons de parler. Quant à sir EdwardDodwell 4 , il a vu ces bas-reliefs, mais il les regarde comme étant les métopes de la frise du temple :il ajoute même que près du rivage, au bas de la partie la plus escarpée, il a trouvé une autremétope, dont la sculpture, quoique bien endommagée, est mieux conservée que celle que nous avonsvue sur les bas-reliefs trouvés parmi les ruines. Nous regrettons, avant d’exprimer notre opinion

1 Vitruve , liv. IV, chap. vil.

J Fourmont, Acad. Inscr. v. VII. Hist. p. ^5o.

3 Société des dilettanti, Antiq. de VAttique, chap. VIII, p. 53 (édit, anglaise).

4 Dodwell, t. I, p. 537 .