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Arrivés à Modon, nous y vîmes cette place en parfait état de défense, et complètement achevésles travaux de fortifications commencés par l’armée française lors de notre départ. On nous montraà Modon divers grands vases fort curieux trouvés à Santorin . Nous apprîmes alors du général Schneiderquels avaient été les moyens employés pour le transport, de Miraca jusqu’à la mer et de là à Navarin,des sculptures que nous avions trouvées à Olympie . Comme le général avait été instruit des difficultésde l’entreprise, il s’était déterminé à envoyer un détachement d’ouvriers d’artillerie et du génie munisd’instruments de toute espèce et suivis de chariots.
Il n’est point d’obstacles que l’officier chargé de commander le détachement n’eût rencontrés surla route : des parties de montagnes à couper, des rochers à tailler, des rampes à établir le long desravins et des rivières ; et, malgré l’exécution de ces travaux pénibles, peu s’en était fallu qu’au retourd’Olympie , hommes et chevaux, chariots et sculptures, tout n’eût été précipité dans des abîmes sansfond.
Ces difficultés ont cédé à la persévérance et au sang-froid de l’officier secondés du courage des soldats,et les sculptures sont arrivées sans accident fâcheux au port de Catacolo : là, elles ont dû être char-gées sur un bâtiment attendu de jour en jour à Navarin.
Le lendemain de notre arrivée à Modon, on y reçut, à la grande satisfaction de l’armée, la nou-velle que l’ordre du retour en France avait été donné. Le départ devait se faire en deux convois, dontl’un s’effectuerait le i5 novembre et le second aurait lieu le i5 décembre. Comme nous avions encoreà faire un voyage d’un mois à peu près, cet ordre de départ nous convint parfaitement, et nous jugeâ-mes que nous pourrions faire partie du deuxième convoi.
De Modon nous allâmes à Navarin pour y disposer l’encaissement des sculptures venues d’Olympie .Le jour de notre arrivée, on célébrait la fête du roi de France . Tous les vaisseaux étaient pavoisés; dansle port, se trouvaient le Trident, monté par l’amiral Rosamel , l’Armide, frégate, la Cybèle, et quel-ques bâtiments de toute dimension. En notre absence, des travaux considérables avaient été exécutésdans la ville, et les fortifications construites par les soldats étaient déjà en très-bon état. Les baraquesplacées aux environs de Navarin avaient disparu; on avait établi un cimetière, renfermant plusieurstombes élevées aux Français victimes en Grèce , non pas de la guerre, mais des maladies inévitablesqui désolent ce beau pays. La partie basse de la ville, appelée le bazar, avait reçu un grand accrois-sement , et une quantité considérable de maisons y avaient été élevées.
De Navarin nous retournâmes à Modon, pour reprendre de là le cours de notre voyage.
ROUTE DE MODON A CALAMATA.
Au départ de Modon, nous nous dirigeâmes au N. E., vers des montagnes limitant une plaine. Aprèsavoir gagné le sommet de ces montagnes, où se voyaient, à droite, deux ruines byzantines et, à gauche,quelques maisons ruinées, nous prîmes une route tracée sur un plateau en partie couvert de buissonset de bruyères. Là, ce ne sont, de tous cotés, que des cimes ou de rochers arides qui rendenttriste et déserte cette partie de la contrée. Une heure de marche nous conduisit aux bords d’untorrent au delà duquel le pays change d’aspect. On reconnaît, de distance en distance, des restes dechemin pave, et on arrive à la route de Navarin. Près de là existe une partie de l’aqueduc de la ville.Vers la gauche, à l’horizon, se fait remarquer une chute d’eau. (Pour la route jusqu’à la fontaine Goubê,voir I er vol., pag. 6 et 7.)
Les eaux de la fontaine Goubê à laquelle nous arrivâmes ensuite, coulent au pied du mont Pilaw.Nous repartîmes de ce point vers le N. E. dans une plaine couverte de buissons et ombragée par quelqueschênes. A notre droite s’élevait le mont Pilaw et, sur notre gaache, s’étendait une plaine d’un aspectfort riche. Un peu plus loin, il nous fallut traverser un torrent qui roulait en cascades sur des rocherscouronnés de platanes, de lentisques et d’arbousiers. Laissant derrière nous ce passage pittoresquenous entrâmes dans la forêt de Goubê plantée de chênes. Au milieu, nous gravîmes un mont d’oùnotre vue put découvrir, à la faveur d’une clairière, le fond du golfe de Coron, la plaine de Nisi etde Calamata, et, plus dans l’éloignement, les immenses montagnes du Taygète . Une atmosphère char-gée de nuages, mais brillant des couleurs d’un arc-en-ciel, dont l’extrémité se perdait dans les eaux dugolfe, vint encore ajouter ses beautés à celles de cet admirable spectacle.