Le soir de notre arrivée nous rendîmes une visite à M. Derouen, consul de France, qui faisaitfouiller des tombeaux dans lesquels on venait de trouver de petits vases, des miroirs et une semellede sandale antique, dont la forme ressemble entièrement à celle des chaussures que l’on porte denotre temps. Comme un vent contraire nous força de rester à Égine , nous profitâmes de ce séjourpour revoir le temple de Vénus et le musée, où déjà, depuis notre passage, les sculptures et les vasesavaient été disposés avec ordre. Nous redescendîmes dans le caveau antique circulaire placé à l’undes angles de la cour, et, à l’aide d’une lumière, nous y remarquâmes sur les stucs des peinturesobscènes et quelques lettres d’une inscription. Après avoir vu et dessiné plusieurs des tombeauxdécouverts par le consul de France, nous louâmes un très-grand bateau ponté, dans lequel nousnous embarquâmes pour Athènes .
Une brise assez forte de N.-E. nous obligea à courir des bordées; la première nous porta prèsde l’île Pendé-Nisia; on vira de bord, et la seconde nous fit passer devant les îles Fractera etLavoura. Plus loin, au S. d’Athènes , nous fûmes rapprochés de la côte de l’Attique en un endroitqui forme jusqu’à la mer une plaine ombragée seulement par quelques arbres très-rares. Les montsMauro-Vouni bornent l’horizon; ils sont en partie couverts de houx, et leurs tons rougeâtres attirentles regards. Ayant viré de bord, nous côtoyâmes la terre, et, parvenus au-dessus du port de Munychie,une nouvelle bordée nous fit entrer dans le port qu’on appelle aussi port Phalère.
Étant débarqués dans une petite baie à côté du port, le long du rivage, nous y vîmes une grandequantité de débris de constructions, et, vers le fond du port du Pirée , les ruines d’un monastère etde quelques habitations qui servent maintenant de retraite aux pâtres et à leurs troupeaux; c’est envain que nous y cherchâmes un abri, nous revînmes passer la nuit dans notre barque.
Le lendemain nous abordâmes au port de Munychie, sur un reste de jetée antique qui en fermaitl’entrée. Le port est entouré de parties de murailles; et à gauche, sur un plateau environné d’unmur d’enceinte qui paraît avoir contenu l’emplacement d’une ville, on reconnaît des débris deconstructions. Pour gagner la route du Pirée , on se dirige au N. à travers la campagne, en laissantà droite un monticule sur lequel s’élève un fort peu considérable occupé par les Turcs. Les coteauxenvironnants sont couverts de débris; là se déploie une belle vue de la ville d’Athènes , qui se détachesur le mont Anchesme et sur le mont Hymctte.
' En suivant la route du Pirée , on retrouve encore des traces de la longue muraille qui joignaitle port à la ville. Après avoir traversé un bois d’oliviers, on gagne une plaine, où se voit un fragmentde colonne en marbre blanc engagé dans la terre, et quelques fondations de pans de murs antiques.De là nous arrivâmes à Athènes en passant près du temple de Thésée . Après avoir obtenu du beyla permission d’entrer dans la ville, nous sortîmes du poste où le chef de la garde nous avait faitservir du café en attendant le laissez-passer du bey *.
Athènes nest plus quun triste amas de décombres épars où règne la solitude. Le petit nombred’habitants qu’on aperçoit encore errer au milieu de ses ruines sont logés dans des habitationsrenversées à peine couvertes. On ne voit de toutes parts que débris de marbres antiques, qui faisaientautrefois les principaux ornements d’églises actuellement détruites ou dégradées. Les monuments grecsde l’antiquité, dégagés des constructions qui les obstruaient, restent seuls debout, comme pour attesterla grandeur passée de la ville.
Ayant appris que Iosouf-bey était à Athènes , nous nous présentâmes chez lui. Il nous reçut fort bienet nous promit de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour nous être agréable. Iosouf est âgéde quarante ans environ, il est de moyenne taille : sa figure est assez belle, quoiqu’il paraisse fatigué.
* DISTANCE DU DORT DE MUNYCHIE A ATHÈNES .
À a 5 minutes, en se dirigeant vers le N., on arrive à la roule du Pirée . A 17 m., une citerne et ensuite une chaussée pavée. A 11 m.,on entre dans un bois d’oliviers. A 17 m., des murailles en pierre. A 20 m., un fragment de colonne en marbre blanc. A 12m., une ci-terne et des fondations de murs antiques. A 5 m., on arrive à la porte du Pirée .
Total de la distance, 1 b. 47 ni.